Sorti dans les salles à l'automne, c'est assurément l'un des documentaires les plus importants de ces dernières années. Et il a même gagné en pertinence et en acuité au vu des récents événements. À l'heure, en effet, où un pays comme la Belgique, par exemple, est encore pointé du doigt par l'ONU dans un nouveau rapport accablant où s'exprime une grande préoccupation sur des questions de violences policières et de profilage, il est urgent et nécessaire de voir le film essentiel, édifiant, majeur, de David Dufresne. Prenant le pouls de la répression de plus en plus v...

Sorti dans les salles à l'automne, c'est assurément l'un des documentaires les plus importants de ces dernières années. Et il a même gagné en pertinence et en acuité au vu des récents événements. À l'heure, en effet, où un pays comme la Belgique, par exemple, est encore pointé du doigt par l'ONU dans un nouveau rapport accablant où s'exprime une grande préoccupation sur des questions de violences policières et de profilage, il est urgent et nécessaire de voir le film essentiel, édifiant, majeur, de David Dufresne. Prenant le pouls de la répression de plus en plus virulente et arbitraire dont a fait l'objet l'expression de la colère et du mécontentement propres au mouvement des Gilets jaunes face aux injustices sociales dans l'Hexagone, Un pays qui se tient sage rassemble des images tournées dans quatorze villes de France entre novembre 2018 et février 2020. Elles lèvent le voile sur un peuple hanté par le spectre toujours plus menaçant du déclassement, et au bord de l'insurrection. Face à elles, le réalisateur invite des citoyens (sociologue, victime, avocat, historienne...) à s'exprimer, afin d'interroger et confronter leurs points de vue sur le monopole de l'usage de la force légitime par l'État. Cinéaste venu du journalisme, David Dufresne questionne de manière fouillée et rigoureuse ce cycle répressif d'une violence, si pas inédite, en tout cas complètement disproportionnée. Il montre bien à quel point ce contrôle des foules à tout prix, réminiscent des démonstrations de force militaires, est aussi, plus que jamais, un combat des images, marqueurs ambivalents d'une obsession hygiéniste et sécuritaire pas loin, désormais, de naviguer quelque part entre Minority Report et Black Mirror. Envisageant avant tout la forme documentaire comme un lieu de débat, Dufresne ose la parole filmée face à ces images, pour mieux les comprendre, mieux les décrypter. " Ce film, c'est un contre-récit", dit-il très justement. Et ce contre-récit fait la démonstration éclatante que la question des abus policiers ne relève pas uniquement de l'individuel, du simple dérapage, mais s'inscrit dans une problématique de nature systémique, nourrie par une culture gouvernementale de l'impunité proprement criminelle. Désormais disponible en DVD dans une indispensable édition collector, le documentaire s'y accompagne de suppléments particulièrement costauds, parmi lesquels une passionnante conversation en compagnie du réalisateur David Dufresne et pas moins de 60 minutes de scènes complémentaires. Loin d'être des chutes-rebuts, ces séquences inédites sont bien souvent aussi intéressantes que celles présentes dans le film. Elles en prolongent la réflexion en ouvrant encore d'autres portes, d'autres pistes, d'ordre quasi philosophique parfois. À méditer longuement.