Le succès en 2014 de Gone Girl de David Fincher, adapté du roman éponyme de Gillian Flynn, a montré à quel point la matière littéraire de l'auteure américaine trouvait des formes avantageuses à l'écran. Peu étonnant donc que son premier livre, Sharp Objects, se retrouve transposé en mini-série, après quelques projets cinéma avortés. Plus étonnante est la liste assez gourmande de noms réunis au générique: Marti Noxon ( Buffy et les vampires) en showrunner, Jean-Marc Vallée ( Big Little Lies) à la réalisation et, au casting, Elizabeth Perkins ( Weeds), Patricia Clarckson ( Six Feet ...

Le succès en 2014 de Gone Girl de David Fincher, adapté du roman éponyme de Gillian Flynn, a montré à quel point la matière littéraire de l'auteure américaine trouvait des formes avantageuses à l'écran. Peu étonnant donc que son premier livre, Sharp Objects, se retrouve transposé en mini-série, après quelques projets cinéma avortés. Plus étonnante est la liste assez gourmande de noms réunis au générique: Marti Noxon ( Buffy et les vampires) en showrunner, Jean-Marc Vallée ( Big Little Lies) à la réalisation et, au casting, Elizabeth Perkins ( Weeds), Patricia Clarckson ( Six Feet Under) et Amy Adams ( Arrival). Cette dernière est Camille, journaliste d'un quotidien de Saint-Louis, forcée par son rédacteur en chef de retourner dans son patelin natal du Missouri pour un papier d'ambiance sur la disparition et le meurtre de deux jeunes filles. L'occasion de renouer avec sa mère narcissique, toxique et vitupérante (Clarckson), une demi-soeur effrontée (Eliza Scanlen) et les spectres d'un passé obscurci par la mort tragique de sa jeune soeur durant leur adolescence, qui lui reviennent par vagues suffocantes. En rencontrant la police locale, les familles éplorées, des habitants hagards et une mère de substitution (Perkins), Camille extirpe les pièces d'un puzzle qui dépasse l'enquête policière pour plonger dans une psyché sombre, glaçante et forcément éprouvante. Polar gore, thriller policier, film d'horreur, histoire de fantômes, fresque contemplative et morbide de l'Amérique bon teint et de son pendant white trash, Sharp Objects est un peu tout cela à la fois. Et aussi bien plus: une oeuvre qui définit les frontières de son propre style, mosaïque nébuleuse d'un passé qui vient contaminer le présent ou lui offrir les clés d'une résolution que tous semblent redouter. Adams est formidable de tristesse et de sarcasme dans le rôle de cette femme revenue des cercles de l'enfer et d'un séjour en hôpital psychiatrique avec une manie de l'automutilation par scarification et de l'autodestruction à coup d'alcool, de clopes et de solitude mal consentie. Plus qu'une adaptation d'un roman sur petit écran, les premiers épisodes laissent sentir une traduction littérale du texte vers les images, qui donnent à voir sa complexité, ses enchevêtrements temporels, ses descriptions tour à tour vaporeuses ou précises des souvenirs, des pensées, des émotions, des décors, de la souffrance humaine et de ce qui les relient les uns aux autres. Constellé de réminiscences, le récit évolue au rythme des glissements chaotiques du passé au présent, de détails et d'indices subtils, de dialogues tendus et de moments éthérés, mis en scène en mode coup de force par Jean-Marc Vallée, qui signe une réalisation où images, regards, non-dits, musiques et fonds sonores se répondent jusqu'au vertige.