Quand il a dû choisir un titre pour son premier album, le combo franco-marocain Bab L'Bluz n'a pas tergiversé. Nayda!, "réveil" ou "fête!" en argot arabe, en référence au renouveau artistique que le Maroc a pu connaître au début des années 2000. Une sorte de Movida sauce harissa, qui correspond à la fois à l'arrivée du roi Mohammed VI, mais aussi à la généralisation du Net, offrant à la jeunesse une nouvelle fenêtre sur le monde. Quelque 20 ans plus tard, le mouvement, poil à gratter des conservatismes islamistes, semble retrouver un nouveau souffle. Il correspond bien à ...

Quand il a dû choisir un titre pour son premier album, le combo franco-marocain Bab L'Bluz n'a pas tergiversé. Nayda!, "réveil" ou "fête!" en argot arabe, en référence au renouveau artistique que le Maroc a pu connaître au début des années 2000. Une sorte de Movida sauce harissa, qui correspond à la fois à l'arrivée du roi Mohammed VI, mais aussi à la généralisation du Net, offrant à la jeunesse une nouvelle fenêtre sur le monde. Quelque 20 ans plus tard, le mouvement, poil à gratter des conservatismes islamistes, semble retrouver un nouveau souffle. Il correspond bien à la musique et au programme de Bab L'Bluz. Notamment dans sa manière de prendre la tradition gnawa à bras-le-corps et de la faire tripper sur de juteux accords psyché-blues-rock, mixant tradition et modernité, sacré et profane. Au départ, il y a le duo-couple formé par Yousra Mansour et Brice Bottin. La première est originaire d'El Jadida, à une centaine de kilomètres au sud de Casablanca. Née au début des années 90, elle écoute aussi bien du rock que l'idole libanaise Fairuz. Guitariste et chanteuse (surtout en dialecte darija), elle se penche aussi sur la musique gnawa, héritée des esclaves noirs au Maghreb. Une musique qui fascine également le second, originaire d'Annecy, musicien issu du conservatoire, gavé de sons venus des quatre coins du monde. Yousra Mansour et Brice Bottin finissent par se rencontrer en 2016, autour d'un projet réunissant jazz et musique gnawa, lors d'une résidence à Marrakech. De cette association naîtra Bab L'Bluz, formidable machine à presser un desert blues juteux. À sa manière, Bab L'Bluz vient ainsi alimenter cette nouvelle scène artistique marocaine qui n'en finit plus de bouillonner -des rappeurs Shayfeen & Madd à l'illustratrice féministe Zainab Fasiki en passant par la chanteuse casablancaise Meryem Aboulouafa ( lire son portrait dans le Vif de cette semaine). Quelque part, le groupe reprend l'histoire entamée dans les années 60-70, quand le Maroc et la musique gnawa alimentaient les idéaux hippies, lançant des groupes comme Nass El Ghiwane, les "Rolling Stones de l'Afrique", dixit Martin Scorsese. Bab L'Bluz allie ainsi sens de la transe (l'ouverture de Gnawa Beat) et riffs particulièrement savoureux. Pour cela, Yousra Mansour et Brice Bottin misent notamment sur le guembri, version gnawa de la guitare à trois cordes, utilisé comme basse et guitare (awicha). C'est lui qui file le blues, tantôt furieux ( Waydelel, El Gamra), tantôt psychédélique ( Ila Mata, Yemma), toujours jouissif. Les fameuses qraqebs, castagnettes métalliques, sont également de la partie. Comme d'ailleurs des flûtes ou mêmes des tablas indiens ( Ila Mata), dont la présence illustre bien le message d'ouverture et de tolérance du groupe. "Bab" veut d'ailleurs dire "porte" en arabe. Grande ouverte, en l'occurrence.