D'emblée, Marc Mawet dissipe le possible malentendu: " La Triennale n'est en rien un catalogue de photographies d'architecture." Le propos -c'est assez rare pour être souligné- n'est pas à l'autocélébration. Le professeur ordinaire à la faculté d'architecture qui est également commissaire de cette percutante exposition précise: " L'idée est d'enregistrer ce qui se passe dans l'architecture et dans les différents contextes qui sont conditionnés par elle." Aucune complaisance donc, mais bien un discours critique invitant, comme il l'écrit, à " lire, comprendre et interpréter, c'est-à-dire se représenter le monde". Avouons-le: face à la profusion d'images actuelle, la démarche est ...

D'emblée, Marc Mawet dissipe le possible malentendu: " La Triennale n'est en rien un catalogue de photographies d'architecture." Le propos -c'est assez rare pour être souligné- n'est pas à l'autocélébration. Le professeur ordinaire à la faculté d'architecture qui est également commissaire de cette percutante exposition précise: " L'idée est d'enregistrer ce qui se passe dans l'architecture et dans les différents contextes qui sont conditionnés par elle." Aucune complaisance donc, mais bien un discours critique invitant, comme il l'écrit, à " lire, comprendre et interpréter, c'est-à-dire se représenter le monde". Avouons-le: face à la profusion d'images actuelle, la démarche est salutaire. Pour joindre le geste à la parole, Mawet emmène le visiteur au fil du parcours. Sobre -l'événement fonctionne avec des moyens réduits-, la scénographie fait mouche, embarquant le regard à la façon d'une voiture sur une rampe de parking. Première découverte, premier choc: le travail de Sandrine Marc (Rodez, 1979) stupéfie. La photographe française a choisi de traquer les dispositifs d'exclusion des SDF dans Paris. On aura l'occasion de s'en rendre compte par la suite: la série est emblématique de l'accrochage tout entier en ce que la forme -des images de grande sérénité tirées sur papier japonais et très pures chromatiquement- contraste totalement avec l'explosive violence symbolique du fond. Telle est la ville merveilleuse que nous dessinons dans la joie et l'allégresse: un espace où le repos n'est jamais garanti pour ceux qui n'ont plus rien. Passé cet uppercut initial, Paradis infernaux-Enfers paradisiaques ne faiblit à aucun moment en intensité: les doubles liens du monde jaillissent les uns après les autres. Bien vu: les différents travaux sont donnés à voir augmentés des éclairages de treize auteurs triés sur le volet. Pour raison de place, on ne pourra pas dire le bien que l'on pense de chacun des 20 photographes exposés -il n'y pas de proposition qui déçoive-, il faut donc sacrifier à l'exercice profondément injuste de la sélection. On pense aux images -qui occupent un segment significatif du lieu d'exposition- de l'Anversois Nick Hannes. Là où il est convenu de parler de "berceau de la civilisation" à propos de la Méditerranée, le photographe pointe un réel "tombeau civilisationnel" au sein duquel le mur se taille une place de choix. Les injonctions retorses de notre société blessent l'oeil -ainsi de ces quatre mannequins affublés d'un T-shirt "Try me" pour assurer la promotion d'une marque de champagne. Bouleversante est également la cartographie à la fois tendre et dangereuse d'Amélie Landry. La jeune femme emmène le regard sur les chemins des lieux de sexualité entre hommes. Ces "chemins égarés" dans les méandres de la nature ou en zones périurbaines dessinent le cadre d'une géographie sociale révélatrice. Le tout pour un travail mené sur plusieurs années, ce qui est le cas de nombreuses séries présentées. Juste pour les citer, on notera qu'il ne faut pas passer à côté des travaux de Titus Simoens, Samuel Gratacap et Andrea Eichenberger. Sans oublier la collaboration avec le Musée de la Photographie, qui permet de revenir sur plusieurs regards -Bernard Plossu, Stephan Vanfleteren...- jetés sur la ville de Charleroi.