De l'action painting de Jackson Pollock sur Ape Out aux toiles impressionnistes en mouvement de 11-11 Memories Retold, l'art moderne irrigue le jeu vidéo indé. L'art ancien, plus particulièrement la Renaissance, s'invite toutefois depuis peu à la table du gaming au fil de productions plutôt remarquables. Dernier-né d'une timide lignée rendant hommage notamment aux primitifs flamands, The Procession to Calvary met, tout sourire, les pieds dans le plat.
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De l'action painting de Jackson Pollock sur Ape Out aux toiles impressionnistes en mouvement de 11-11 Memories Retold, l'art moderne irrigue le jeu vidéo indé. L'art ancien, plus particulièrement la Renaissance, s'invite toutefois depuis peu à la table du gaming au fil de productions plutôt remarquables. Dernier-né d'une timide lignée rendant hommage notamment aux primitifs flamands, The Procession to Calvary met, tout sourire, les pieds dans le plat. Évoquant par moments L'Art vulgaire de Choron-Gébé (coucou Hara Kiri!), The Procession to Calvary claudique avec irrévérence au fil de l'humour noir et absurde des animations des Monty Python, avec un amour vibrant pour la peinture de la Renaissance. Joe Richardson, son créateur écossais opérant en solo, précise avoir découpé ses décors et personnages pour ensuite les animer en épluchant des centaines de tableaux de cette période. Calvary plonge avec joie dans des scènes empruntées par exemple à Botticelli et Michel-Ange. Jérôme Bosch est aussi de la partie. Le maître flamand -très ludique- occupe d'ailleurs une place à part chez les indés. Lupus in Fabula et surtout le jeu d'aventure CAVE! CAVE! DEUS VIDET de We Are Müesli s'en sont ainsi inspirés. Retenu par le Stedelijk Museum de Bois-le-Duc aux Pays-Bas, ce dernier analyse en détail le triptyque de la Tentation de saint Antoine. La dissection maline et instructive de cette oeuvre vertigineuse a le culot de se coiffer d'une aventure misant sur une ligne claire, abstraite et proche du pop art. Une manière comme une autre de détourner les arts anciens pour les ressusciter. Enluminé d'un répertoire baroque -Bach, Haendel- se renouvelant avec talent sur chaque tableau exploré, The Procession to Calvary se vit comme un point & click classique. Le gamer s'y glisse dans la peau d'une femme chevalier psychopathe confrontée à la fin d'une guerre de religion signant l'arrêt de son passe-temps favori: le meurtre. Trouvant in extremis une dernière mission, l'énergumène incarnée par le joueur devra toutefois refreiner sa soif de sang pour atteindre son objectif, soit l'assassinat d'Heavenly Peter, un tyran farfelu en exil. L'originalité du gameplay de Calvary repose sur ce point. Son héroïne est dotée d'une épée que l'on peut dégainer à tout moment pour occire tout PNJ barrant la progression pour une raison idiote (un grand classique du genre). L'ultra violence démange donc souvent face à la bêtise humaine. Mais tout excès nuit à la réputation et ultimement à la fin de l'aventure. Parsemé d'énigmes simples oscillant entre fouille de décors, inventaire et combinaison d'objets, The Procession to Calvary étoffe (et suit) l'inachevé Four Last Things, le précédent point & click de Joe Richardson. Cette courte fable facétieuse croisait, il y a trois ans, la route d'un pèlerin qui pour s'absoudre de ses méfaits devait réitérer sept pêchés capitaux. Sans énigme hélas...