Dans l'espace, c'est bien connu, personne ne vous entend crier. Comment, dès lors, le cinéma parlant s'est-il accommodé de l'interdit du son au sein du grand vide intersidéral? De La Femme sur la Lune de Fritz Lang (1929) à First Man de Damien Chazelle (2018), et allant même jusqu'à citer High Life de Claire Denis (2019), le critique et théoricien français du septième art Michel Chion se penche avec rigueur sur cette passionnante question, qu'il nourrit en outre de ses propres souvenirs d'enfance et de son vécu d'homme moderne. De la révolution électronique du Forbidden Planet de Fred M. Wilcox (1956) à la tendance marquée pour le signifié ascensionnel de la musique chorale dans la science-fiction, en passant par les différents types de silence dont joue le 2001 de Kubrick (1968) ou le vocabulaire sonore du vide cher au Alien de Ridley Scott (1979), rien n'échappe à l'oreille et à la pensée de Chion, par ailleurs lui-même compositeur de musique concrète. Sous-titré À l'écoute du space opera, l'ouvrage aligne les analyses pointues, s'appuyant bien souvent sur des données scientifiques qui ne le sont pas moins, assorties d'un sens certain de la formule -" La musique ne vient plus de l'espace mais l'univers est une grande platine", écrit-il ainsi très justement à propos des chansons entendues dans des blockbusters récents comme Gravity, The Martian ou Guardians of the Galaxy. Conseillé.

De Michel Chion, éditions Capricci, 112 pages.

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