Le 14 mai 1940, alors qu'elle se trouve à Toronto pour une tournée de conférences sur les dangers du fascisme incarné par Adolf Hitler et Benito Mussolini, Emma Goldman meurt, âgée de 71 ans. Depuis le moment où, en provenance de sa Lituanie natale, elle posa les pieds sur le sol des États-Unis, à peine adolescente, et où elle fut le témoin des émeutes anarchistes de Haymarket Square, à Chicago, sa vie n'avait été qu...

Le 14 mai 1940, alors qu'elle se trouve à Toronto pour une tournée de conférences sur les dangers du fascisme incarné par Adolf Hitler et Benito Mussolini, Emma Goldman meurt, âgée de 71 ans. Depuis le moment où, en provenance de sa Lituanie natale, elle posa les pieds sur le sol des États-Unis, à peine adolescente, et où elle fut le témoin des émeutes anarchistes de Haymarket Square, à Chicago, sa vie n'avait été qu'un long combat. Pendant un temps, elle l'avait mené aux côtés des franges les plus radicales du mouvement ouvrier, puis, une fois expulsée des États-Unis, où ses discours et ses actions lui avaient valu le titre de " femme la plus dangereuse d'Amérique", contre le sort réservé partout dans le monde aux prisonniers politiques, contre les phalanges du général Franco -et surtout, surtout, pour l'émancipation des femmes. De la liberté des femmes, le petit recueil de textes d'Emma Goldman que font paraître les éditions Payot, offre un très bel exemple de la manière dont elle conduisait sa lutte, du vocabulaire qui était le sien, des positions politiques et sociales que son féminisme impliquait. Car Goldman ne pensait l'émancipation des femmes que dans les termes d'une révolution sociale générale, qui irait bien au-delà de la lutte pour les droits civils et l'égalité juridique figurant à l'agenda des militantes suffragettes. Obtenir que le droit reconnaisse l'égalité formelle de tous les citoyens, sans considération de sexe (mais aussi de race), ne pouvait constituer qu'une étape dans l'avènement d'une société où une femme n'aurait plus besoin d'avoir en permanence à se justifier d'être une femme. Plutôt que l'égalité, Goldman préférait la liberté -la possibilité de mener la vie qu'on veut, sans explication, sans regard de biais, sans bâton dans les roues. Goldman rêvait d'un féminisme qui embrasse toutes les dimensions de l'existence et n'accepte pour horizon que la réalisation d'un seul critère: celui du bonheur. Plus d'un siècle après, le combat continue.