Au départ, il y a l'envie de 2 auteurs de bande dessinée, Lewis Trondheim et José Parrondo, de voir leurs univers respectifs se rencontrer, et mettant à profit des vacances en commun pour trousser qui, un concept, qui, un graphisme allant de pair. L'affaire d'une demi-journée, tout au plus, qui éveille l'intérêt d'un éditeur, et débouche sur une BD à l'esprit joyeusement loufoque et au trait minimaliste, Allez raconte!. Dix ans plus tard, 2 albums sont parus, bientôt suivis d'une série télévisée et, aujourd'hui, d'un long métrage d'animation ( lire notre critique page 31). "Cela s'est fait n...

Au départ, il y a l'envie de 2 auteurs de bande dessinée, Lewis Trondheim et José Parrondo, de voir leurs univers respectifs se rencontrer, et mettant à profit des vacances en commun pour trousser qui, un concept, qui, un graphisme allant de pair. L'affaire d'une demi-journée, tout au plus, qui éveille l'intérêt d'un éditeur, et débouche sur une BD à l'esprit joyeusement loufoque et au trait minimaliste, Allez raconte!. Dix ans plus tard, 2 albums sont parus, bientôt suivis d'une série télévisée et, aujourd'hui, d'un long métrage d'animation ( lire notre critique page 31). "Cela s'est fait naturellement", observe le dessinateur liégeois José Parrondo, à propos d'un enchaînement de circonstances inattendu, sans doute, mais guère plus improbable, à la réflexion, qu'une histoire faisant converger Vercingétorix, Jeanne d'Arc, Tarzan et jusqu'à Harry Potter dans un même élan, par la grâce de l'imagination de papas conteurs s'affrontant dans un jeu télévisé. Conforme au ton, drôlement délirant, de la BD, le film en a aussi respecté le dénuement graphique. "Des tas de gens disaient pourtant aux producteurs et au réalisateur, Jean-Christophe Roger, que cela n'allait pas marcher, qu'on ne pouvait pas faire un film avec des personnages en forme de patates, aussi simples", se rappelle-t-il. Le résultat à l'écran en apporte le plus cinglant démenti. S'il y a là une simplicité revendiquée et une volonté manifeste d'aller à l'essentiel, elles ne s'expriment jamais au détriment des impératifs d'un scénario imposant un cadre de salle de spectacle et une succession d'histoires échevelées, où le rythme du 35 cases par page, caractéristique de la BD, s'estompe au profit du 24 images par seconde. "Il y avait des règles de départ qu'il était important de comprendre, et puis, forcément, des compromis ont dû être faits. Un film est un travail collectif, avec des contributions importantes des différents intervenants."Avec un effet parfois proprement bluffant, comme lorsque chaque histoire inventée par les participants trouve sa texture propre, le film glissant, par exemple, d'une ambiance africaine à une autre, Renaissance: "Le principe voulait que chaque histoire soit abordée avec un esprit différent, tout en gardant l'esprit d'origine", relève-t-il encore. Soit un rendu idoine, pour un film célébrant l'imagination, non sans dispenser quelques traits au mordant bienvenu -ainsi, notamment, à l'encontre d'émissions dont la TV gave ses spectateurs sans modération. "Il y a des références, mais pas une attaque ouverte. Nous avons tenu à garder la légèreté. Après, libre à chacun de penser ce qu'il veut." Et de faire ce qui lui plaît, ce qui, s'agissant de José Parrondo, passe par un retour à la case BD: "Le dessin animé, c'est une expérience difficilement refusable, mais ma motivation première reste de faire des livres, pas des films. Les livres, le plus souvent, je les fais seul, avec ce que cela suppose comme insécurité, mais avec aussi une liberté que je trouve indispensable. Si je devais faire un album Allez raconte! aujourd'hui, je crois qu'il serait plus radical encore. Cette expérience m'inciterait à aller plus à fond quand je travaille seul, à faire un travail solitaire dans un esprit encore plus minimal... " J.F. PL.