La guerre en Bosnie lui avait fait quitter son pays natal pour la Belgique, où il acheva ses études de cinéma à l'INSAS. Danis Tanovic a pris la nationalité belge, et a conservé d'intenses rapports avec notre pays (Marion Hänsel coproduit ses films, Walther van den Ende est son chef opérateur attitré). Il n'en est pas moins retourné vivre là où sont ses racines, et habite Sarajevo avec sa femme et leurs 5 enfants. C'est en Bosnie aussi qu'il a tourné son nouveau film Cirkus Columbia ( lire notre critique page 35), présenté l'autre jour en ouverture du festival Balkan Trafik au Bozar à Bruxelles. Il s'y est fait app...

La guerre en Bosnie lui avait fait quitter son pays natal pour la Belgique, où il acheva ses études de cinéma à l'INSAS. Danis Tanovic a pris la nationalité belge, et a conservé d'intenses rapports avec notre pays (Marion Hänsel coproduit ses films, Walther van den Ende est son chef opérateur attitré). Il n'en est pas moins retourné vivre là où sont ses racines, et habite Sarajevo avec sa femme et leurs 5 enfants. C'est en Bosnie aussi qu'il a tourné son nouveau film Cirkus Columbia ( lire notre critique page 35), présenté l'autre jour en ouverture du festival Balkan Trafik au Bozar à Bruxelles. Il s'y est fait applaudir en évoquant les points communs entre Belges et Bosniaques. " Nous nous ressemblons par cette même capacité à se moquer de soi-même. Les Français se moquent des Belges, les Belges se moquent des Belges aussi. Les Bosniaques se moquent d'eux-mêmes, et tout le reste des Balkans se moque des Bosniaques", déclare-t-il avec un sourire complice, avant de faire allusion à nos propres blocages communautaires et à espérer -toujours avec une pointe d'humour- que nous n'en arriverons pas au conflit ouvert qu'il vécut au début des années 90, quand d'étudiant il se retrouva soldat, participant à la guerre avant de prendre le chemin de l'exil... Spectateur passionné depuis l'enfance (il n'oubliera jamais son premier film, Les Aristochats...), Tanovic ne masque pas l'impact majeur qu'a eu sur lui le cinéma italien, " la liberté qu'il prend de traiter sur un mode léger des choses graves, de mêler le comique et le tragique", des éléments dont son propre travail assume les apparents paradoxes. " Le cinéma, c'est la vie, en encore plus fort!", clame celui qui conçoit ses tournages " comme des histoires d'amour". Il ne cache pas le fait qu'il préférera " prendre un comédien sans expérience mais avec une belle personnalité qu'un acteur de talent mais qui se sent supérieur". Et explique que plusieurs interprètes de Cirkus Columbia n'avaient même jamais imaginé passer devant une caméra. Notamment le serveur du restaurant de Sarajevo où il déjeune tous les jours, et qui s'avère épatant dans le film! Miki Manojlovic, l'acteur principal, n'a rien d'un débutant, lui dont Emir Kusturica fit naguère son comédien fétiche. " Dès la fin de l'écriture du scénario, je savais que le rôle de Divko devait être pour lui", commente Danis Tanovic, qui ajoute: " Miki n'est pas seulement un merveilleux comédien, c'est aussi un homme formidable, avec un sacré caractère! S'il ne sent pas quelque chose dans une scène, il ne la jouera que si vous lui prouvez que vous avez raison. Quitte à s'engueuler avant. Cela ne me dérange pas, c'est une remise en question très utile. Et puis faire un film ensemble, c'est vivre ensemble pendant 3 mois, comme une famille qui s'aime et parfois s'oppose. Son personnage, Miki ne l'a pas joué, il l'a vécu!" La famille est très importante dans Cirkus Columbia, et encore plus dans l'existence de son réalisateur. Interrogé sur l'accent mis par le film sur la paternité, Tanovic répond que devenir père l'a " plus changé que quoi que ce soit d'autre dans (sa) vie. Cela m'a enseigné la peur, confie-t-il. La respiration difficile d'un bébé dans la nuit m'a appris ce que la guerre ne m'avait jamais fait ressentir... " l LOUIS DANVERS