L'éditeur français Elephant Films poursuit son précieux travail d'exhumation de vieux films de genre au format Blu-ray bénéficiant d'un nouveau master restauré. Avec Docteur Cyclope, Ernest B. Schoedsack, le célèbre coréalisateur de King Kong (1933), signait, en 1940, l'un des tout premiers films de science-fiction de l'Histoire tourné en Technicolor. L'usage du luxuriant procédé fait ici particulièrement sens puisqu'il permet de figurer d'éclatante manière les effets radioactifs de l'uranium sur des êtres vivants en pleine jungle amazonienne. C'est l'histoire d'un savant fou reclus à crâne rasé et lunettes rondes qui ex...

L'éditeur français Elephant Films poursuit son précieux travail d'exhumation de vieux films de genre au format Blu-ray bénéficiant d'un nouveau master restauré. Avec Docteur Cyclope, Ernest B. Schoedsack, le célèbre coréalisateur de King Kong (1933), signait, en 1940, l'un des tout premiers films de science-fiction de l'Histoire tourné en Technicolor. L'usage du luxuriant procédé fait ici particulièrement sens puisqu'il permet de figurer d'éclatante manière les effets radioactifs de l'uranium sur des êtres vivants en pleine jungle amazonienne. C'est l'histoire d'un savant fou reclus à crâne rasé et lunettes rondes qui extrait du radium indispensable au fonctionnement de son invention: une machine destinée à réduire la taille des tissus organiques. Après plusieurs essais concluants sur des animaux, l'aimable docteur s'attaque bien sûr à des humains, qui tentent dès lors de se soustraire à sa diabolique emprise façon modèles miniatures. Inspiré lointainement par la mythologie (Ulysse et le cyclope), le film reprend à son compte un concept déjà vu notamment chez Tod Browning ( Les Poupées du diable) pour proposer un plaisant divertissement aux jeux de transparence habiles. Si le scénario ne brille pas forcément par sa richesse ni sa complexité, le plaisir visuel offert par les trucages à l'ancienne est bien réel. Seize ans plus tard, Le Peuple de l'enfer ( The Mole People, 1956) de Virgil W. Vogel développe, quant à lui, un autre thème phare du cinéma fantastique, celui de la Terre creuse, couplé au vieux fantasme de la cité engloutie. Lors d'une expédition en Asie, des archéologues sont pris dans un tremblement de terre qui les amène à faire la rencontre d'une civilisation des profondeurs plurielle, entre albinos intolérants à la lumière et créatures en caoutchouc réduites en esclavage. Parti pris étonnant: la photo noir et blanc tend ici vers un réalisme quasi documentaire très intéressant, en partie imputable, peut-être, au budget dérisoire d'un film au tempo particulier, presque flottant, qui est aussi une fable vibrante sur la différence et l'intolérance. Film d'horreur modeste tourné en douze jours (!) par l'incontournable Jack Arnold ( Le Météore de la nuit, L'Homme qui rétrécit), Le Monstre des abîmes ( Monster on the Campus, 1958), enfin, s'intéresse au phénomène de régression évolutive, de retour transformatif à l'état primitif. Un professeur d'université ayant fait l'acquisition d'un poisson préhistorique irradié aux rayons gamma s'y change en bête sauvage et sanguinaire à l'insu de son plein gré. Construite sur une série d'oppositions binaires (nature contre culture, barbarie contre civilisation, passé contre présent...), il s'agit là d'une petite production ingénieuse, à l'écriture efficace et à la réalisation à l'avenant. Comme chacun des trois films, ce très chouette Monstre des abîmes est introduit et contextualisé en bonus par un spécialiste du genre.