Il faut d'abord dire les conditions particulières de ressortie d'un album initialement paru en mai 2003 comme disque de Paddy McAloon. Nom célébré par les fans de pop anglaise des années 80-90, sachant que Paddy (1957) est la figure tutélaire, le chanteur lead, l'instrumentiste et le compositeur central de Prefab Sprout. Groupe armé d'un répertoire pop aux titres tel que The King of Rock'n'Roll, numéro 7 des charts anglais, semblant cuits comme autant de raviolis chinois dont le goût se juge après la disparition de la vapeur. Bande ...

Il faut d'abord dire les conditions particulières de ressortie d'un album initialement paru en mai 2003 comme disque de Paddy McAloon. Nom célébré par les fans de pop anglaise des années 80-90, sachant que Paddy (1957) est la figure tutélaire, le chanteur lead, l'instrumentiste et le compositeur central de Prefab Sprout. Groupe armé d'un répertoire pop aux titres tel que The King of Rock'n'Roll, numéro 7 des charts anglais, semblant cuits comme autant de raviolis chinois dont le goût se juge après la disparition de la vapeur. Bande précieuse aux mélodies satinées, Prefab Sprout connaît son sommet de gloire commerciale et critique il y a près de 30 ans mais survit à un rythme intermédiaire jusqu'à la parution de Crimson/Red en 2013. Entre-temps, les choses se compliquent pour Paddy McAloon sur le plan médical: en 1999, un problème de décollement de la rétine le bloque chez lui où, quasi aveugle, il explore le monde infini de la radio en ondes courtes. Plongeant dans des armées de documentaires, shows en tous genres et paroles libérées, il capte ces programmes, les fragmente et les remonte du fond de sa solitude, imaginant alors un champ orchestral où il replanterait ces sources verbales retravaillées. À sa parution initiale en 2003, I Trawl... est un flop commercial -numéro 167 dans les charts anglais- et la critique, habituellement favorable à Prefab, boude le disque. Considéré comme boursouflure d'un artiste en quête d'une BO transcendante qui, au mieux, ne pourra sauver que lui. Seize ans plus tard, le titre du comeback discographique incorpore l'info Remastered alors qu'on parle d'une production 2.0 normalement acquise en termes de ressources digitales. Mais un surplus d'éclaircissement et de profondeur s'est installé dans ces neuf morceaux rappelant Ravel, Fauré et Debussy mais aussi Gershwin ou Stephen Sondheim. D'un classicisme luxuriant, hors format pop: vagues de violons, cuivres esseulés, hautbois, xylophones, guitares romantisées, batteries délicates. Avec une forme de jubilation formée à combattre les ténèbres de la dépression ( Esprit de corps) ou de plus graves musiques, toujours aux incidences cinématographiques ( Orchid 7). Un ensemble globalement instrumental à l'exception du chant sur Sleeping Rough et de ces voix radio récupérées au hasard des ondes, comme sur I'm 49 ou la plage titulaire qui ouvre le disque. Une illumination de 22 minutes où une voix féminine reprend le témoignage radio d'un père racontant les cruautés de la séparation. La pièce majeure d'un travail d'orfèvre qui doit aussi ses somptueux arrangements au coproducteur Calum Malcolm.