Il y a des succès qui sont des boulets. Pour tout le monde, Pierre Vassiliu, c'est d'abord et avant tout Qui c'est celui-là? Au milieu des années 70, le morceau, adaptation d'un titre de Chico Buarque, fait un carton. Son interprète approche alors bientôt les 40 ans. Un tube pareil aurait dû être un cadeau. Il deviendra son fardeau (les passages télé de l'époque le montrent volontiers las, résigné, comme s'il avait déjà compris). Pierre Vassiliu glissera dans la catégorie one-hit wonder, condamné à bégayer la même rengaine en boucle, sur les circuits nostalgie type "Âge tendre et têtes de bois". Avec ses moustaches à la ...

Il y a des succès qui sont des boulets. Pour tout le monde, Pierre Vassiliu, c'est d'abord et avant tout Qui c'est celui-là? Au milieu des années 70, le morceau, adaptation d'un titre de Chico Buarque, fait un carton. Son interprète approche alors bientôt les 40 ans. Un tube pareil aurait dû être un cadeau. Il deviendra son fardeau (les passages télé de l'époque le montrent volontiers las, résigné, comme s'il avait déjà compris). Pierre Vassiliu glissera dans la catégorie one-hit wonder, condamné à bégayer la même rengaine en boucle, sur les circuits nostalgie type "Âge tendre et têtes de bois". Avec ses moustaches à la Vercingétorix, son allure bonhomme, le chanteur est cimenté dans un rôle de gentil hurluberlu franchouillard. Certes, drôle et revendiquant le droit à la différence, Qui c'est celui-là? est bien du Pierre Vassiliu. Mais Pierre Vassiliu n'est pas que cela. C'est ce que vient rappeler une compilation publiée par le label Born Bad. Conçue par Guido Minisky (Acid Arab), l'anthologie se concentre sur les faces B, histoire de montrer les autres visages du personnage. Une démarche qui, au passage, ne manque pas d'ironie: au départ, Qui c'est celui-là était précisément destinée à n'être "qu'une face B". Fils d'un immigré roumain et d'une Française, Pierre Vassiliu naît en 1934. Il sera à la fois jockey et photographe de guerre en Algérie (où il sera condamné à trois mois de cabanon, pour avoir diffusé une de ses chansons antimilitaristes sur les haut-parleurs d'un camion de sa caserne), avant de faire ses premiers pas sur la scène de l'Olympia, en ouverture de Sylvie Vartan et des Beatles. Son itinéraire zigzague? Sa musique aussi. Dans la chanson française, Vassiliu a très vite décidé de faire ce qu'il veut. Pas forcément par audace ou volonté d'aller à la confrontation. Juste par une sorte de dilettantisme joyeux. C'est en tout cas la conclusion à laquelle on arrive en parcourant ces faces B. Vassiliu y est à la fois chansonnier pastoral ( Le Manège désenchanté), mélodiste psychédélique ( Est-ce qu'on peut voler?), raconteur rigolard ( Il était tard samedi soir) ou chanteur de variété déchirant ( Ne me laisse pas, En réponse à votre lettre du 2.11.1972). En outre, il n'a pas son pareil pour frôler le grotesque, ici et là. De ces passages flottants, il arrive toujours à faire quelque chose de bizarrement attachant. Une poésie bien à lui, bancale, indolente, à l'origine de "classiques" aussi décalés qu' En vadrouille à Montpellier (une nuit d'amour avec une (très) jeune fille) ou Film (sa virée décomplexée au bois de Boulogne). Ces deux derniers morceaux, en particulier, ont le charme frivole des seventies libérées, dont le politiquement correct a balayé au fil du temps pas mal des gourmandises. C'est d'ailleurs peut-être pour cela que la décennie est réexplorée aujourd'hui -citée dans des magazines comme Schnock ou dans la "nouvelle ancienne chanson française", façon Juliette Armanet. À cet égard, si ce retour de balancier pouvait permettre dans la foulée de redécouvrir Pierre Vassiliu, cela ne serait que justice.