Entre le 28 mai et le 8 juin 1968, le hall central du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles était occupé par la jeunesse étudiante et les artistes. Roger Somville, alors en odeur de sainteté, décorait les banderoles. Au coeur de la protestation: la politique culturelle belge et l'enseignement artistique. Les événements de cette décennie, de Louvain à Washington, de Paris à Prague, de Bogotà à Berlin, constituent un nord magnétique auquel Bozar ...

Entre le 28 mai et le 8 juin 1968, le hall central du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles était occupé par la jeunesse étudiante et les artistes. Roger Somville, alors en odeur de sainteté, décorait les banderoles. Au coeur de la protestation: la politique culturelle belge et l'enseignement artistique. Les événements de cette décennie, de Louvain à Washington, de Paris à Prague, de Bogotà à Berlin, constituent un nord magnétique auquel Bozar ne pouvait, à double titre, rester indifférent. Comme un écho, le festival Occupied ("Occupé") fait le siège de sa programmation transdisciplinaire et offre un panorama des questions soulevées il y a 50 ans, plus que jamais d'actualité pour certaines: démocratisation du savoir et des arts, recherche de formes politiques nouvelles, justice sociale, lutte antiraciste, libération sexuelle, poésie et protest songs. Du 28 mai jusqu'au 6 janvier 2019 (où se clôturera la rétro monstre Chris Marker), voici quelques-uns des pavés à balancer dans la vitrine des idées reçues: les films Louvain '68 (Johan Van Scharen) et Collectif C4 (Jean-Marie Vervisch, Richard Kalisz et Denise Vindevogel) relatant ces journées qui, l'air de rien, de l'université à l'INSAS, ont fait entrer notre pays vacillant dans un paradigme (politique, culturel, linguistique) qui le tripote toujours autant; les symposiums "2 dilemmes pour la démocratie" et "Nous sommes tous des Juifs allemands", qui tenteront de rappeler en quoi l'expérience soixante-huitarde peut éclairer les plaies de notre démocratie (racisme, antisémitisme, négation des Droits de l'Homme et de la Femme, ça risque de balancer dur); "Make love, not war" qui reviendra sur la libération sexuelle (de l'injonction à la jouissance à #metoo, un panel de femmes va tirer un fil d'Ariane dans lequel un paquet de stéréotypes et d'assignations vont se prendre les pieds); Resist! The 1960s protests, photography and visual legacy qui rassemblera les images fortes qui ont marqué la décennie. Poésies belges, happenings et musiques feront également mentir Marcel Broodthaers, qui écrivit dans un poème du 28 mai: "On allait boire. Ensuite, on rentrait à la maison (Palais des Beaux-Arts)."