Malgré une fâcheuse tendance à la faucheuse précoce -cf. Charles Bradley et Sharon Jones-, l'héritage actuel du rhythm'n'blues s'incarne plutôt chez les interprètes afro-américains à la Gregory Porter. Mais des Allman Brothers à Bowie période Young Americans, de Leon Russell à John Belushi, de Tony Joe White à Eric Burdon, les musiques noires US ont marqué au fer rouge les blancs-becs des années 60-80. Avant de virer à la FM-variété, Joe Cocker est l'Anglais qui symbolise au mieux cette incongruité statistique: débarquer fin sixties du charbonn...

Malgré une fâcheuse tendance à la faucheuse précoce -cf. Charles Bradley et Sharon Jones-, l'héritage actuel du rhythm'n'blues s'incarne plutôt chez les interprètes afro-américains à la Gregory Porter. Mais des Allman Brothers à Bowie période Young Americans, de Leon Russell à John Belushi, de Tony Joe White à Eric Burdon, les musiques noires US ont marqué au fer rouge les blancs-becs des années 60-80. Avant de virer à la FM-variété, Joe Cocker est l'Anglais qui symbolise au mieux cette incongruité statistique: débarquer fin sixties du charbonneux Sheffield et renaître en garçon de choeur cosmique qui a tout pigé de Ray Charles, du gospel et de Stax. C'est précisément sur ce mythique label de Memphis que Nathaniel Rateliff & The Night Sweats signent le successeur à leur album de l'été 2015, succès critique et commercial ayant ramené ce sentiment-là: les Blancs savent aussi chanter. Supputations qui, au final, consistent toujours à graisser les rouages de l'émotion et à transcender les races. Rateliff chante comme un lendemain de gueule de bois -ce qu'il a longtemps vécu avant de décider de mourir plus tard- avec la gourmandise du vaste fantasme américain. Qu'il évoque la country-soul d'Elvis ( Babe I Know), les codes Sam & Dave ou Otis ( Intro), le spleen assumé ( Still Out There Running) , Nathaniel, son orgue Hammond et ses cuivres en surchauffe dessinent un album extrêmement plaisant. Ayant débuté en solo dès 2005, Victor Wainwright n'était pas encore parvenu à nos rivages pourtant attentifs au rhythm'n'blues, au graveleux soul, au Mandrake analogique. Voilà donc ce big boy né en Géorgie en 1981 chargé d'un disque plus large que celui de Nathaniel, puisqu'il piste boogie ( Boogie Depression), rock'n'roll à la Chuck Berry ( Everything I Need), hommage à B.B. King ( Thank You Lucille) et sonorités proto-soul au sommet ( Dull Your Shine). Le tout donnant l'impression de vouloir revivre les années 60-70 sans forcément les parodier. Wainwright -sans parenté avec Loudon ou Rufus- donne un coup de bambou sentimental à toute âme respectable, parce que sa voix semble avoir traversé plusieurs décennies à la recherche du mantra suprême. Renouant avec l'essentiel dans un album suintant et généreux, d'autant plus séduisant que la guitare électrique, névrotique par exemple dans Righteous également contaminé par l'orgue Hammond , donne l'impression de réinventer l'eau chaude. Ou plutôt, le plaisir des musiques orgasmiques.