L'expression dérive de "binge drinking", cette pratique qui vise à boire le plus d'alcool possible en un temps restreint, sans doute liée à l'Angleterre où les pubs ferment tôt et où la vitesse est donc souvent nécessaire pour atteindre l'ivresse. Apparu à la fin des années 90, le binge watching a explosé avec l'avènement d'Internet... À l'heure actuelle, 75% d'entre nous dévorent les séries par paquets d'épisodes. Un chiffre qui change la vie et les habitudes des spectateurs, certes, mais qui modifie aussi la manière avec laquelle ces fictions sont écrites, financées, tournées, distribuées... Le documentaire d'Olivier Joyard se penche sur un phénomène de société. Une société qui refuse d'attendre, qui fait ce qu'elle veut quand elle veut, emmenée par une génération sans patience. Le temps est l'obsession des binge watchers. Souvent, les consommateurs en rafale craignent d'être engloutis par la quantité de programmes produits. Et on les comprend. 495 séries aux USA en 2018... Binge Mania est l'histoire d'une jeunesse absorbée par les milliers d'heures de fiction qui lui tombent sous les yeux. À portée de clic et de téléphone portable. La showrunneuse de Grey's Anatomy, Pacôme Thiellement, le directeur général de la chaîne FX, des journalistes, des critiques, la créatrice d' I Love Dick et l'homme derrière The Shield évoquent les concepts de speed racing et de speed watching (visionnage en accéléré), se demandent si les séries sont devenues de longs films, interrogent le rapport du téléspectateur au contenu, et questionnent aussi bien la diversité que la notion d'épuisement narratif. Un docu riche mais dispersé.

Documentaire d'Olivier Joyard.

7