La question d'emblée à l'esprit est: comment un simple duo guitare-batterie va-t-il pouvoir rendre l'invraisemblable barnum sonore de la BO originale du génial film de Kubrick? Comment restituer la tempête anxiogène de Ligeti, sentir la valse enrobée de Strauss ou tendre à la grandeur philharmonique de Von Karajan? A un journal français, le batteur Cyril Bilbeaud répond que le Zone Libre qu'il forme avec l'ex-Noir Désir Teyssot-Gay, fait "table rase" de tout cela en empruntant le même thème musical du début à la fin, privilégiant la "musique improvisée (...) toujours en suivant le film comme étant notre chef d'orchestre". Première belge d'autant plus captivante que Teyssot-Gay, via ses multiples laboratoires, est désormais un improvisateur chevr...

La question d'emblée à l'esprit est: comment un simple duo guitare-batterie va-t-il pouvoir rendre l'invraisemblable barnum sonore de la BO originale du génial film de Kubrick? Comment restituer la tempête anxiogène de Ligeti, sentir la valse enrobée de Strauss ou tendre à la grandeur philharmonique de Von Karajan? A un journal français, le batteur Cyril Bilbeaud répond que le Zone Libre qu'il forme avec l'ex-Noir Désir Teyssot-Gay, fait "table rase" de tout cela en empruntant le même thème musical du début à la fin, privilégiant la "musique improvisée (...) toujours en suivant le film comme étant notre chef d'orchestre". Première belge d'autant plus captivante que Teyssot-Gay, via ses multiples laboratoires, est désormais un improvisateur chevronné. Il y a deux ans, il nous disait: "La seule chose qui me fasse véritablement avancer est le besoin de musique, je veux aller vers des terrains vierges que je ne connais pas, besoin d'apprendre, d'expérimenter, de chercher." D'ailleurs, ce 2001 -ramené pour l'occasion à une durée de 73 minutes et inauguré en France à l'été 2013- n'est pas un coup d'essai. Zone Libre s'est déjà essayé à l'accompagnement de trois films anciens, dont Nosferatu le vampire, fameux film muet allemand réalisé en 1922 par Murnau. Cette branche du cinéma, fortement marquée par l'expressionnisme -et une gestuelle d'acteurs hypertrophiée- est l'une des familles filmiques les plus visitées par les cinéconcerts. Sans doute parce que l'absence de dialogues laisse davantage de champ libre à la musique. En 1997, l'Anversois Stef Kamil Carlens enregistre avec Zita Swoon plus d'une heure de morceaux pour l'accompagnement d'un autre long métrage du même Murnau, L'Aurore, daté de 1927. Classique pour lequel Karlens & Co composent une BO tranchant sur le son des années 20, avec des moments proches du tribalisme noisy. Laissant glisser de soudains apaisements, un orgue et un saxophone, qui paraissent alors simplement rétros. Souvenir d'un quai d'Anvers où toute l'armada de Zita raconte à sa manière le script de Murnau: l'histoire d'un homme qui décide de tuer sa femme à la demande de sa maîtresse. Modernité indélébile: on se croirait en 2015. Difficile de dire de quand date exactement les fiançailles groupes rock et films -le plus souvent muets- qu'ils ont choisi d'accompagner. Mais on peut en deviner les motivations, comparables à celles d'un (bon) remix. A savoir: rajouter, modeler, sculpter les images originales. Retrouver des sensations presque vierges. Un truc adoré par les New-Yorkais chercheurs, tels que Kim Gordon et La Passion de Jeanne d'Arc de Dreyer ou Jim Jarmusch au sein de son groupe post-rock Sqürl, barbouillant un soundtrack live sur quatre courts du surréaliste Man Ray. Le film comme stimulant, cela marche sans doute le mieux dans le décalage. On s'étonne donc moins du film-concert des Tindersticks qui, en 2011, présentent en live les musiques écrites par eux pour les longs métrages de leur amie Claire Denis, que de l'idée de Laurent Garnier en 2010 à la Géode parisienne. Pour une soirée seulement, le DJ-compositeur mixe alors plus de 200 musiques -de Charles Trenet à John Lee Hooker...- sur des images réalisées aux quatre coins de la planète entre 1909 et 1928 par les envoyés du banquier-mécène Albert Kahn. Mais le travail sur le support muet n'est pas qu'un reliquat du début XXe: en 2006-2007, le cinéaste canadien Guy Maddin organise autour de son silencieux Brand Upon The Brain! un véritable "boucan musical" avec orchestre, effets musicaux et narrateurs. Parmi ceux-ci, Lou Reed, qui devait se souvenir que 40 ans auparavant, Andy Warhol projetait ses films sur lui et les autres membres du Velvet Underground. ZONE LIBRE REVISITE 2001 LE 06/06 À FLAGEY, WWW.BRFF.BE PHILIPPE CORNET