Elle a, dès ses débuts, manifesté ce talent de "caméléon" lui permettant de passer d'un personnage à l'autre avec une liberté extrême, et d'être à chaque fois aussi différente que crédible, par-delà toute question d'âge, de milieu, de caractère. Celle que découvrit François Ozon ( Gouttes d'eau sur pierre brûlantes, 8 femmes et Swimming Pool) et qu'appelèrent ensuite Claude Miller ( La Petite Lili), Christophe Honoré ( Les Chansons d'amour) et Claude Chabrol ( La Fille coupée en deux) se renouvelle encore aujourd'hui chez Alain Corneau. Une interprétation sensationnelle, pour une actrice comme on en voit peu...
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Elle a, dès ses débuts, manifesté ce talent de "caméléon" lui permettant de passer d'un personnage à l'autre avec une liberté extrême, et d'être à chaque fois aussi différente que crédible, par-delà toute question d'âge, de milieu, de caractère. Celle que découvrit François Ozon ( Gouttes d'eau sur pierre brûlantes, 8 femmes et Swimming Pool) et qu'appelèrent ensuite Claude Miller ( La Petite Lili), Christophe Honoré ( Les Chansons d'amour) et Claude Chabrol ( La Fille coupée en deux) se renouvelle encore aujourd'hui chez Alain Corneau. Une interprétation sensationnelle, pour une actrice comme on en voit peu... Oui, c'était difficile. J'étais assez perturbée par ce personnage si complexe d'Isabelle, avec son parcours psychologique original et troublé. Elle est très introvertie et est incapable de faire face à ses émotions de manière rationnelle. Cette solitude-là me pesait d'autant plus que toutes les scènes avec Kristin Scott Thomas avaient été tournées au début et que j'avais vite perdu ma camarade de jeu, ma copine (même si nos personnages s'affrontent)... Je me souviens du vide, du silence, que j'ai ressenti à son départ. Et de mon nom tout seul sur la feuille de service... Moi, en tant qu'actrice, j'ai d'ordinaire tellement l'impression de n'être rien sans l'autre... La musique de Pharoah Sanders, qu'Alain m'avait passée, m'a aidée à apprécier cette solitude plutôt que de la subir. L'atmosphère cotonneuse dans laquelle elle me mettait me servait d'antidépresseur. J'étais dans un état planant... Pour ce qui est du jeu, j'ai opté pour le dénuement. Il y a tellement de niveaux de compréhension, de niveaux de crédibilité, chez Isabelle, que plutôt que d'accumuler les couches et de livrer une performance grasse, mille-feuilles, j'ai décidé de la jouer sobre, souvent au premier degré, pour ne pas m'emmêler les pinceaux! Un premier degré tout de même teinté de yin et de yang (rire)... Oui, bien sûr. Et aussi, pour la fin d'une terrible ironie, à All About Eve de Mankiewicz. C'était glaçant, difficile à supporter parfois. C'était un choix fondamental d'Alain et de son chef-opérateur Yves Angelo (qui est aussi réalisateur lui-même), d'avoir cette approche clinique, aseptisée. Quand j'ai vu la maison d'Isabelle, j'ai ressenti à quel point il fallait être isolée, peu vivante, pour penser pouvoir habiter là! Je me suis nourrie de cela, de cette solitude à laquelle tout me renvoyait. J'ai changé d'avis avec les années. Quand j'avais 20 ans (j'en ai 30 maintenant), j'avais besoin de trouver dans les personnages une espèce d'écho à ma vie. J'avais l'impression que s'il n'y avait pas ça, si jouer le rôle ne pouvait pas être une leçon de vie, je ne pouvais pas le faire. Je pensais aussi que si le personnage ne m'abîmait pas, c'est que je n'avais pas bien fait mon travail... Je me suis rendu compte que c'était assez naïf de penser ça. Et qu'au contraire il valait mieux se protéger soi-même, pour mieux soigner son personnage. Et qu'il ne s'agissait pas d'à chaque fois s'identifier pour plonger dedans. Isabelle est un des personnages avec lesquels j'ai le moins d'affinité. Il y a un gouffre entre nous. Et pourtant j'ai réussi à la comprendre. Je l'ai étudiée comme un chimiste, au microscope. C'était comme une exploration psychologique. Je ne dois plus plonger à l'intérieur de moi, il me suffit juste de plonger à l'intérieur de mes personnages. Quand je joue une scène de larmes, peu importe que je pleure vraiment ou pour du faux. Parce que je pleure quand même, au final, et c'est ce qui compte. Le fait que je souffre réellement ne me donnerait aucun mérite. Ce dernier réside dans le fait que le spectateur ressent la scène. Et dans ça seulement. C'est une comédie musicale, qui s'appelle Les Bien-aimés. C'est centré sur les relations d'une mère et de sa fille, durant de nombreuses années. J'incarne Catherine Deneuve jeune, dans les années 60. Et dans la partie se déroulant aujourd'hui, la fille de Catherine est jouée par Chiara Mastroianni! Je vais avoir du plaisir à jouer Catherine. Vous imaginez? Deneuve dans les années 60? Je vais être habillée en Yves Saint-Laurent et m'imaginer dans un film de Truffaut! Tout en chantant comme dans un film de Demy... C'est Eurodisney, pour moi! Rencontre Louis Danvers