On les a connus tous deux célibataires, du moins artistiquement parlant. Karine Marenne d'abord. En 2008, on se souvient d'elle investissant la Maison d'Art Actuel des Chartreux (MAAC). L'artiste y questionnait déjà les stéréotypes en ne s'épargnant rien. On la voyait repasser des mouchoirs en série, stéréotype de la condition féminine, à une certaine époque, dont les relents nauséabonds continuent de se faire sentir. Si elle accomplissait la tâche avec un sourire digne d'une émission de télé-achat, les larmes finissaient par couler... Avant que l'intéressée ne les sèche pour retourner à ses carrés de linge blanc. Pas question de se laisser aller: "domestic life...

On les a connus tous deux célibataires, du moins artistiquement parlant. Karine Marenne d'abord. En 2008, on se souvient d'elle investissant la Maison d'Art Actuel des Chartreux (MAAC). L'artiste y questionnait déjà les stéréotypes en ne s'épargnant rien. On la voyait repasser des mouchoirs en série, stéréotype de la condition féminine, à une certaine époque, dont les relents nauséabonds continuent de se faire sentir. Si elle accomplissait la tâche avec un sourire digne d'une émission de télé-achat, les larmes finissaient par couler... Avant que l'intéressée ne les sèche pour retourner à ses carrés de linge blanc. Pas question de se laisser aller: "domestic life goes on". Marenne enfonçait le clou de son propos en jouant la carte de la mise en scène par le biais d'un tandem imaginé pour l'occasion, à savoir monsieur et madame Dufour, couple radieux de la fin des années 50. Ce simulationnisme prémonitoire attaquait la question de l'identité et du genre à coups de marteau. De son côté, cela fait un bail que Messieurs Delmotte s'intéressait à ces mêmes problématiques. Comme l'écrit Nancy Suarez, " au travers d'actions banales à la fois loufoques et dramatiques, il incarne tant une figure masculine hiératique qu'une "non-figure" du mâle, en quelque sorte un "mal-être" placé sous l'égide patriarcale". Bref, ces deux-là étaient faits pour fusionner leurs névroses. Bingo, depuis 2016, ils ont entrepris un travail commun rangé sous l'étiquette Undisciplined Couple, soit un ensemble percutant de dessins, performances et photographies. L'exposition à la MAAC se découvre comme " une première version inédite d'une collaboration à la fois artistique et personnelle". La logique que l'on y débusque est celle du 1 plus 1 font 3 dans la mesure où le couple formé par les deux protagonistes se surimpose à la façon d'une troisième entité. Parmi les propositions, peut-être celle que l'on goûte le moins est l'exercice un peu convenu consistant à réactiver des performances consacrées de l'Histoire de l'art ( Wie man dem toten Hasen die Bilder erklärt de Joseph Beuys, TheRed Sculpture de Gilbert & Georges, Cleaning the Mirror de Marina Abramovic et les Anthropométries d'Yves Klein). Mais peut-être est-ce parce, que faute de temps, on n'a pu en voir que deux sur quatre. En revanche, ce qui enthousiasme diablement, c'est la vidéo d'une performance telle que I'm Your Gel. Tournée en 2018 au Studio 45 à Hambourg, la séquence donne à voir un Messieurs Delmotte complètement ébouriffé avant que son alter ego ne se décide à le recoiffer. Pour le moins gluante, l'opération s'effectue au moyen de salive, ce qui n'est pas sans rappeler la bienveillance des grands-mères qui, telles des insectes, utilisent leurs secrétions pour nettoyer une bouche souillée ou rectifier une mèche rebelle. Cette scène rejoue une profondeur oubliée de la relation à deux. Fascinant. On aime également Love Words, grand déballage, voire litanie, de ces petits surnoms qui enfuient la réalité de l'autre sous le pinceau des mots du quotidien. Enfin, deux douzaines de très beaux dessins "érotico-humoristiques" désamorcent toute tentative de ne voir dans la vie conjugale qu'une sombre tragédie. Même si c'est tentant...