1. PILLOW FIGHT (PARIS, 1964)

" Celle-ci est ma préférée. Pour moi, une bonne photo est une photo qui ne peut pas être répétée. C'est le cas de celle-ci: elle est telle qu'elle est, un instant évanoui à jamais. J'aime bien la candeur qui s'en dégage. Cela n'aurait pas été possible à reproduire en studio. Le studio tue tout ça. Il aurait retiré toute l'âme d'une photo comme celle-là. Au fond, je veux photographier les gens tels qu'ils se voient eux-mêmes. Pas comme je les vois, moi. Je suis certain que Beethoven, Haydn ou Mozart faisaient aussi des batailles de coussins, non?
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" Celle-ci est ma préférée. Pour moi, une bonne photo est une photo qui ne peut pas être répétée. C'est le cas de celle-ci: elle est telle qu'elle est, un instant évanoui à jamais. J'aime bien la candeur qui s'en dégage. Cela n'aurait pas été possible à reproduire en studio. Le studio tue tout ça. Il aurait retiré toute l'âme d'une photo comme celle-là. Au fond, je veux photographier les gens tels qu'ils se voient eux-mêmes. Pas comme je les vois, moi. Je suis certain que Beethoven, Haydn ou Mozart faisaient aussi des batailles de coussins, non? La scène a eu lieu à l'hôtel George V, à Paris. Elle représente bien l'état d'esprit dans lequel étaient les garçons à ce moment-là. Les mecs s'amusaient. Ils prenaient du bon temps. Ils ne savaient pas quand cela finirait. La Beatlemania, c'est un mot stupide, mais c'était vraiment ça. C'était de la folie. Un vrai virus qui a tout changé, la mode, le style... Le monde n'aurait pas le même visage aujourd'hui s'il n'y avait pas eu les Beatles. Et puis la musique était tellement bonne." " Cette photo-là, ils ne voulaient pas la faire. Pour remettre dans le contexte, c'était juste avant le combat entre Cassius Clay et Sonny Liston. J'ai pensé que cela pouvait être amusant de se faire rencontrer Clay et les Beatles. Au départ, ils étaient d'accord. Mais John a fini par dire non. Il trouvait que Cassius Clay était une grande gueule, et puis il était persuadé qu'il allait se faire battre. Du coup, le groupe préférait voir Liston. Pas de chance, lui-même n'en avait rien à foutre de cette bande de "gugusses". Donc finalement, j'ai été les chercher à leur hôtel, à Miami Beach. Je les ai embarqués dans une grande voiture américaine affreuse, et on est quand même allés voir Cassius Clay. Il fallait voir la scène. Il leur disait: "Quand je vous demanderai: "Qui est le plus grand, le plus beau au monde?", vous crierez: "You are!""A un moment, il les a même faits s'étaler par terre. Et il commençait: "Who's the greatest man in the world? ", et eux en ch£ur: "You are! "." Sur le chemin de retour, Lennon était vraiment en pétard. "Il s'est bien foutu de notre gueule, on avait vraiment l'air de cons, et c'est de ta faute Benson! "" " J'ai pris cette photo juste après que John a déclaré que les Beatles étaient plus célèbres que Jésus. Alors que tout se passait bien jusque-là, tout à coup, il y avait un problème. Certains parlaient de brûler les disques et d'annuler les concerts. Certains allaient perdre pas mal d'argent dans l'histoire. Lennon était très fâché contre lui-même. Les trois autres étaient énervés aussi. Mais c'était un bon gars, vous l'auriez bien aimé. C'était un mec très droit. Il discutait avec tout le monde. C'est comme cela d'ailleurs qu'il s'est fait abattre. Il s'est arrêté pour donner un autographe à un gars, avait encore 400 m à faire avant de rentrer chez lui, et s'est fait tirer dans le dos... C'est un véritable cadeau d'avoir pu réaliser tous ces clichés des Beatles. C'est marrant, parce qu'au départ, je ne voulais pas spécialement le faire. Je me considérais comme un photographe sérieux. Je voulais partir en reportage en Afrique. Mais mon journal m'a envoyé les suivre alors qu'ils explosaient. Finalement, j'ai vécu là une histoire majeure, que j'ai pu couvrir comme n'importe quelle autre actu. C'est mon autre chance: avoir pu traiter le sujet, non pas pour un magazine de fans, mais pour un quotidien, comme n'importe quelle autre actualité importante." THE BEATLES ON THE ROAD 1964-1966, HARRY BENSON, ÉDITIONS TASCHEN. EXPOSITION À LA LIBRAIRE TASCHEN, GRAND SABLON, JUSQU'AU 26/08. RENCONTRE LAURENT HOEBRECHTS