C'est oublier que cet instrument révolutionnaire "ne tolérait pas l'à-peu-près; or tout art, y compris celui de jouer du piano, était imparfait". Même à Vienne. A défaut de gloire commerciale, la capitale autrichienne réserve néanmoins à Franck une rencontre décisive, celle de la puissante et aristocratique famille von Schalla. Le père, homme d'affaires intraitable, prend Franck sous son aile, peut-être parce qu'il ne le considère aucunement comme un concurrent mais comme un doux rêveur à préserver. Madame Amalia von Schalla, l'épouse, fascine l'inventeur autant qu'il l'intéresse sous ses dehors patauds, parlant mal, trop ou pas assez. Et puis, il y a Elisabeth von Schalla, la vingtaine rayonnante et impudente, qui, comme sa mère ou contre sa mère, séduit Delage. C'est d'ailleurs accompagné de ce cadeau encombrant qu'il retournera dans son hémisphère sud, après n'avoir vendu qu'un seul piano et encore, à quelles fins! Au cours d'une traversée de 33 jours, ces deux personnages dissemblables tenteront alors de s'apprivoiser. Ce récit lent comme la vitesse de croisière du grand paquebot qui les transporte est l'occasion pour l'auteur de suivre un huis clos intéressant entre sept personnages que rien ne lie et de le mêler à des allers-retours viennois, ce qui nous vaut à la fois une superbe leçon de savoir-vivre au coeur d'une Autriche conservatrice et un regard plein de dérision sur une Australie en quête d'identité.

LA TRAVERSÉE, ROMAN DE MURRAY BAIL, ÉDITIONS ACTES SUD, TRADUIT DE L'ANGLAIS (AUSTRALIE), 196 PAGES.

C'est oublier que cet instrument révolutionnaire "ne tolérait pas l'à-peu-près; or tout art, y compris celui de jouer du piano, était imparfait". Même à Vienne. A défaut de gloire commerciale, la capitale autrichienne réserve néanmoins à Franck une rencontre décisive, celle de la puissante et aristocratique famille von Schalla. Le père, homme d'affaires intraitable, prend Franck sous son aile, peut-être parce qu'il ne le considère aucunement comme un concurrent mais comme un doux rêveur à préserver. Madame Amalia von Schalla, l'épouse, fascine l'inventeur autant qu'il l'intéresse sous ses dehors patauds, parlant mal, trop ou pas assez. Et puis, il y a Elisabeth von Schalla, la vingtaine rayonnante et impudente, qui, comme sa mère ou contre sa mère, séduit Delage. C'est d'ailleurs accompagné de ce cadeau encombrant qu'il retournera dans son hémisphère sud, après n'avoir vendu qu'un seul piano et encore, à quelles fins! Au cours d'une traversée de 33 jours, ces deux personnages dissemblables tenteront alors de s'apprivoiser. Ce récit lent comme la vitesse de croisière du grand paquebot qui les transporte est l'occasion pour l'auteur de suivre un huis clos intéressant entre sept personnages que rien ne lie et de le mêler à des allers-retours viennois, ce qui nous vaut à la fois une superbe leçon de savoir-vivre au coeur d'une Autriche conservatrice et un regard plein de dérision sur une Australie en quête d'identité.