Huit ans après 5e Avenue, 5 heures du matin, où il retraçait la genèse de Diamants sur canapé, le classique de Blake Edwards porté par Audrey Hepburn à des sommets de glamour, c'est à un autre film mythique que s'intéresse Sam Wasson dans The Big Goodbye: Chinatown, chef-d'oeuvre de Roman Polanski sorti en 1974. Soit, sous un titre référence au Raymond Chandler de The Long Goodbye, une plongée dans le (Nouvel) Hollywood des années 70, pour un livre oscillant entre enquête ultradocumentée s'épanouissant dans les détails jusqu'aux plus insensés, et roman noir sinueux a...

Huit ans après 5e Avenue, 5 heures du matin, où il retraçait la genèse de Diamants sur canapé, le classique de Blake Edwards porté par Audrey Hepburn à des sommets de glamour, c'est à un autre film mythique que s'intéresse Sam Wasson dans The Big Goodbye: Chinatown, chef-d'oeuvre de Roman Polanski sorti en 1974. Soit, sous un titre référence au Raymond Chandler de The Long Goodbye, une plongée dans le (Nouvel) Hollywood des années 70, pour un livre oscillant entre enquête ultradocumentée s'épanouissant dans les détails jusqu'aux plus insensés, et roman noir sinueux annonçant le deuil d'une époque sinon la fin d'un monde. Cette perspective vertigineuse, Wasson la met en musique avec une rare maestria, orchestrant un récit à quatre voix et cinq personnages, à celles de Jack Nicholson, la star du film, et de Roman Polanski, son réalisateur, s'ajoutant celles du producteur éclairé Robert Evans et du scénariste tourmenté Robert Towne, tandis que Los Angeles, bien plus qu'un simple décor, semble devoir embraser chaque chose de son atmosphère suffocante. Chinatown compris, dont Towne déclara un jour que c'était un état d'esprit. "Pas uniquement un endroit sur la carte de Los Angeles, mais un état de conscience totale, quasiment impossible de distinguer de l'aveuglement. On rêve qu'on est au paradis et on se réveille dans l'obscurité: ça c'est Chinatown. On pense avoir tout compris et on se rend compte qu'on est mort: ça c'est Chinatown", poursuit Wasson. Partant, The Big Goodbye est le récit de plusieurs Chinatown: celui de ses différents protagonistes, comme ce qu'il en advint, le cadre du roman débordant allègrement du film, dont il retrace la genèse et la production avec un soin maniaque, recoupant archives et innombrables témoignages (directs pour nombre d'entre eux, dont ceux de Polanski et Evans), pour embrasser l'horizon d'une ville et, au-delà, celui d'un art qui, à Hollywood plus encore qu'ailleurs, est aussi une industrie. Et ce roman touffu, vibrant d'une nostalgie diffuse -celle qui animait également les auteurs de Chinatown, ressuscitant le L.A. de la fin des années 30, avec sa lumière et ses senteurs caractéristiques-, radiographie aussi le moment anticipant "la soumission totale de Hollywood au divertissement, à l'évasion". Un basculement que Wasson retrace d'une écriture vigoureuse et envoûtante, aspirant le lecteur dans un tourbillon. Chinatown, écrivit le critique du Los Angeles Times Charles Champlin, était un film "qui rappelle que le cinéma, c'est plus grand que la vie, pas plus petit". Un rêve en quelque sorte, voué à se dilater dans les brumes grises du petit matin de L.A.. Foisonnante et fascinante, cette somme s'avale comme un polar. Le goût de cendres inclus.