Quand on l'appelle pour causer de Folk on Film, nouvelle programmation thématique qui animera pendant un mois (du 16 mai au 16 juin) le Cinéma Nova, Guillaume Maupin est en train de faire ses courses dans un supermarché praguois. Programmateur de la salle bruxelloise, le garçon aime voyager. Que ce soit dans la vie, en musique ou sur la toile. "L'idée, c'est de parler de folk en partant des racines, de la source, des musiques traditionnelles, résume-t-il. De s'intéresser au folk et non à la folk comme beaucoup se sont mis à l'appeler et que je vois finalement, elle, comme la pop acoustique de ces 20 dernières années."
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Quand on l'appelle pour causer de Folk on Film, nouvelle programmation thématique qui animera pendant un mois (du 16 mai au 16 juin) le Cinéma Nova, Guillaume Maupin est en train de faire ses courses dans un supermarché praguois. Programmateur de la salle bruxelloise, le garçon aime voyager. Que ce soit dans la vie, en musique ou sur la toile. "L'idée, c'est de parler de folk en partant des racines, de la source, des musiques traditionnelles, résume-t-il. De s'intéresser au folk et non à la folk comme beaucoup se sont mis à l'appeler et que je vois finalement, elle, comme la pop acoustique de ces 20 dernières années."Folklore wallon, chants kabyles, revival folk hongrois seventies, musiques trad françaises et populaires des Pouilles... Folk on Film se la joue transfrontalier, anthropologiste et sans oeillères. "Ce qui réunit ces différents styles, c'est le rapport à un territoire. Le fait d'être de quelque part, en opposition à notre monde libéral globalisé. C'est aussi cette transmission directe, transgénérationelle. Puis une autre vision de la société. Une société dans laquelle les hommes, les femmes, tout le monde a sa place. Pour qu'il y ait des outsiders, il faut des insiders. Et c'est un phénomène récent dans la musique à l'échelle de l'Histoire. Je n'ai pas vraiment distingué le folk du blues pour le coup. Ils sont tous deux des musiques du peuple, des musiques de travailleurs. Le folk pour moi, c'est une sensation, une chaleur, une proximité. C'est, avec des moyens très simples, toucher un truc très fort et très intime." Des fictions, des documentaires, des concerts (Tighri Uzar, Ferenc Sebö Trio, La Pizzica Nascosta), des débats, une séance de minuit et même un bal acoustique... Folk on Film ne se limite pas au 7e art. Plusieurs angles ont déterminé sa programmation. "Je voulais proposer du cinéma de cinéphile. Des films rares, importants. On en a sélectionné trois, réalisés par des metteurs en scène cultes du Nouvel Hollywood. Soit Alice's Restaurant d'Arthur Penn, Bound for Glory (En route pour la gloire ) d'Hal Ashby et Southern Comfort (Sans retour ) de Walter Hill. Ils mettent chacun le folk en avant de manière très différente."Dans la lignée de Délivrance, Southern Comfort suit l'affrontement entre une poignée de soldats à l'entraînement et une population locale cajun dans les marais de Louisiane. Bound for Glory s'inspire des mémoires de Woody Guthrie (incarné par David "Kung Fu" Carradine suite à la mort de Tim Buckley d'abord pressenti). Et Alice's Restaurant est l'adaptation cinématographique d'une chanson du fils de Guthrie, Arlo. Critique du service militaire aux États-Unis, à pied et en vieux van Volkswagen, chapeau sur la tête et guitare sur le dos, le film plein d'humour réalisé par Penn est tiré d'une histoire vraie. La décharge étant fermée, Arlo et un de ses potes avaient un beau jour jeté des poubelles en bas d'une colline déjà garnie de détritus. Sa condamnation lui épargnant plus tard d'être réquisitionné par l'armée... Si Bound for Glory donne sens à un tas de combats des années 70, Alice's Restaurant dépeint la vie en communauté dans les squats et les églises, l'accueil des hippies par les populations rurales et les relations avec la police locale... Un des autres grands axes de la programmation concoctée par le Cinéma Nova, c'est ce qu'il s'est fait en matière de folk à la télé. Folk on Film proposera notamment quatre épisodes (il y en a eu 39 au total) de Rainbow Quest. Une émission dans laquelle Pete Seeger a reçu, en 1965 et 1966, des musiciens plus ou moins connus. "Vous y croiserez Johnny Cash, Mississippi John Hurt... C'était une émission d'une heure sur une petite chaîne locale. On y parlait et on y chantait autour d'une table. Elle montre vraiment ce qu'était le folk dans les années 60." Dans la même optique, le Nova proposera notamment Le Pays des collines de Jacques Vanderheyden, un reportage sur la vie folklorique du côté d'Ellezelles, dans le Hainaut occidental. "C'est vraiment étonnant qu'on ait pris la peine de montrer des choses comme celles-là, sans commentaire. Les disques et les films ont permis de saisir l'importance de ces musiques folk, mais la télévision a vraiment documenté le genre." Guillaume Maupin sait de quoi il parle. Du folk, il en fait. Même qu'il est tombé dedans quand il était petit. "Des amis de mes parents jouaient de la viole à roue. Ça ne m'a jamais semblé bizarre, j'ai baigné là-dedans. Puis j'ai découvert Dylan. Ici, j'ai invité des musiciens et des conférenciers qui se posent des questions sur cette musique. Notamment sur sa transmission."Folk on Film se penchera encore aussi sur le cas de Les Blank. Après avoir commencé sa carrière sur des films d'entreprise, le documentariste indépendant américain s'est intéressé à la musique. Au jazzman Dizzy Gillespie, à Lightnin' Hopkins, Irma Thomas, Allen Toussaint, la musique tex-mex et la culture cajun... À la fin des années 70, Blank, qui a consacré pas mal de ses films à la cuisine, faisait déjà dans l'odorama. Il préparait des ingrédients pour en diffuser les senteurs dans la salle. "Il a une manière très folk de filmer. Il captait les gens de près. Le folk n'est pas de la musique désincarnée. Elle exprime ce qu'on vit. Et ça, ça me parle énormément."