"Cela va mal finir", ne cesse de marmonner l'agent Peterson (Adam Driver), patrouillant en compagnie du commandant Robertson (Bill Murray) au son de Sturgill Simpson dans les rues de Centerville, 738 âmes, une bourgade aux allures de concentré d'Americana en proie à d'étranges phénomènes - ruptures de réseau, comportement erratique des animaux domestiques ou encore dérèglement horaire. Et pour cause, conséquence de l'exploitation massive de ses ressources, la Terre a dévié de son axe et l'apocalypse se profile en dépit des dénégations des autorités, catastrophe écologique libérant bientôt sur la petite ville des hordes de zombies particulièrement voraces, avec Iggy Pop à leur tête.

Après celui de vampires dans l'impeccable Only Lovers Left Alive, Jim Jarmusch se frotte au film de zombies dans The Dead Don't Die. Un exercice ultra-référencé (les adeptes de George Romero notamment apprécieront) pour lequel il s'entoure de fidèles - aux susnommés, il faut ajouter Tom Waits en ermite allumé, Steve Buscemi en fermier suprématiste ou Tilda Swinton en croque-mort au sabre agile, parmi d'autres -, et dont il s'acquitte à mi-chemin de la fable et de la farce, à quoi il applique sa touche résolument indolente. S'il y a là quelques traits joliment envoyés, dézinguant au passage l'Amérique trumpienne comme la frénésie matérialiste, le résultat n'est que modérément convaincant, le film tenant parfois du disque de country rayé à force de rimes et de citations, non sans jouer sans modération d'un humour potache un peu facile. Reste donc, nourri du détachement propre à l'auteur, un Jarmusch savoureux mais mineur, comédie horrifique nihiliste envisageant l'apocalypse zombie en toute décontraction - légèreté en quoi l'on verra, éventuellement, l'élégance ultime; "cela va mal finir", en effet, mieux vaut encore en rire...