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"Croiser le cinéma, l'opéra et la performance pour donner voix au cri lancé par une femme depuis les entrailles de l'enfermement et de l'isolement." Ainsi se vit présenté Mitra lors de son avant-première dans le cadre du Kunstenfestivaldesarts en mai dernier. Devant le film de Jorge Leon, on mesure la distance entre cette noble ambition et une oeuvre qui déçoit et peut même agacer. Au départ, une réalité des plus alarmantes: les appels à l'aide lancés à partir de décembre 2012 par une psychanalyste de Téhéran (Mitra Kadivar) à un collègue français (Jacques-Alain Miller) pour la faire libérer de l'hôpital psychiatrique où elle vient d'être enfermée. Jorge Leon (le réalisateur de Before We Go, croisant danse et fin de vie dans le décor de La Monnaie) s'inspire de ces échanges virtuels pour un spectacle hybride, mêlant images de Mitra, heureusement libérée, dispositifs acoustiques et séquences musicales, étendant son champ d'action à un centre psychiatrique belge et à ses résidents. À trop vouloir embrasser, le cinéaste bruxellois étreint mal une matière qu'il veut faire entrer aux forceps dans une démarche intellectuelle boursouflée, irritante à force de pose et chassant toute vie, toute réalité, au profit d'une réflexion oiseuse et d'une forme alambiquée. Ce type de démarche a déjà fait beaucoup de tort à la mise en scène contemporaine d'opéra (voir encore l'an dernier l'inepte "relecture" de La Bohème de Puccini par Claus Guth à Bastille). Jorge Leon emboîte ici le pas à une dérive culturelle nourrie au snobisme conceptuel et aux bonnes intentions. C'est dommage.