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L'histoire est connue: par une nuit d'orage suisse de 1816, au bord du lac Léman, quatre jeunes poètes romantiques -Lord Byron, le docteur Polidori, Percy Shelley, sa maîtresse et future épouse Mary- se mettent au défi d'imaginer chacun une histoire d'épouvante. Ce qui précède et suit l'écriture par la primo-romancière de Frankenstein, chef-d'oeuvre épistolaire de la littérature gothique appelé à devenir mythe durable, l'est beaucoup moins. Soit le récit d'une relation fiévreuse et scandaleuse nourrie par les idées progressistes et le refus des conventions, mais aussi le portrait d'une inadaptée (Elle Fanning, investie) qui brûle du désir de créer et trouver sa voix propre. Le sujet, bien sûr, est passionnant. Mais au lieu d'en traduire l'ambition à l'écran, la mise en scène, plate et décorative, en réduit le potentiel échevelé à un biopic théâtralisant, naïf et tristement convenu. Mary Shelley manque cruellement de souffle et, plus rédhibitoire, de cette fougue et de cette audace dont il traite pourtant deux heures durant. La réalisatrice saoudienne Haifaa al-Mansour (Wadjda), dont il s'agit là du premier film en langue anglaise, n'est pas Jane Campion, en effet, et les ponts maladroits qu'elle jette entre la vie de Shelley et son oeuvre culte, roman d'abandon nourri par le dégoût des hommes, croulent sous le surlignage des intentions et la littéralité. "Quelque chose est à l'oeuvre dans mon âme que je ne comprends pas", écrivait Shelley. La cinéaste non plus ne l'a pas bien compris.