On doit à Michel Khleifi l'admirable Noce en Galilée (1987), chef-d'oeuvre en forme d'évocation d'une fête de mariage amenant des Israéliens et des Palestiniens à une trêve inattendue sur fond d'émotions partagées. Le cinéaste né à Nazareth en 1950 et vivant en Belgique depuis ses études à l'INSAS au début des années 70 a réalisé une dizaine de longs métrages habités par le sentiment de l'exil et de l'injustice, de la mémoire aussi (son premier film s'intitule La Mémoire fertile -1980- et trace le portrait réel de deux femmes, l'une vivant à Nazareth et l'autre à Ramallah, en Cisjordanie occupée). Une autre de ses oeuvres marquantes ressort aujourd'hui en version restaurée. Conte des trois diamants date de 1994 et a pour héros Youssef, un jeune garçon qui vit dans la bande de Gaza. Fuyant la violence de l'intifada, il va rencontrer Aïda, une jolie gitane. Par amour pour elle, Youssef se lancera dans la quête de trois diamants perdus qu'Aïda dit avoir appartenu au collier de sa grand-mère...

Khleifi signe une fable très touchante, entre guerre et paix, entre rêve d'évasion et terrible réalité de Gaza. La ressortie du Conte des trois diamants est accompagnée d'une rétrospective à la Cinematek, où l'on pourra, jusqu'au 5 novembre, voir ou revoir les autres films de Michel Khleifi, tout récemment restaurés eux aussi et formant un ensemble très personnel, intimement liés au drame palestinien, et porteurs d'un regard tout à la fois poétique et lucide. Entre un réel désespérant et la permanence d'une utopie que le cinéma ne cesse de cultiver, d'ensemencer, film après film, envers et contre tout.

De Michel Khleifi. Avec Makram Khoury, Mohammad Bakri, Mohammad Nahhal. 1h46. Jusqu'au 12/11 à Flagey. ***(*)