Philippe Faucon suit de film en film une ligne à la fois modeste et bien affirmée. Celle d'un cinéma réaliste et social vierge de message réducteur, préférant au prisme idéologique celui d'une approche profondément humaine, généreuse, solidaire. Et ce sans recourir aux effets dramatiques et sentimentaux faciles auxquels tant de ses collègues bien intentionnés ne peuvent résister. Amin s'inscrit parfaitement dans cette filmographie longtemps portée par le passionnant producteur Humbert Balsan. Une filmographie riche en portraits mémorables, et ex...

Philippe Faucon suit de film en film une ligne à la fois modeste et bien affirmée. Celle d'un cinéma réaliste et social vierge de message réducteur, préférant au prisme idéologique celui d'une approche profondément humaine, généreuse, solidaire. Et ce sans recourir aux effets dramatiques et sentimentaux faciles auxquels tant de ses collègues bien intentionnés ne peuvent résister. Amin s'inscrit parfaitement dans cette filmographie longtemps portée par le passionnant producteur Humbert Balsan. Une filmographie riche en portraits mémorables, et exposant comme aucune autre les thématiques liées à l'immigration. Il le fait en mode sobre et prenant, même s'il reste quelque peu en-deçà des formidables Samia (2000), Dans la vie (2007), La Désintégration (2011) et peut-être surtout Fatima, César du meilleur film 2016. Amin est sénégalais. Il partage sa vie entre la France, où il travaille dans la construction, et un pays natal qu'il rejoint quand il le peut pour y retrouver sa famille. Son épouse et ses enfants aimeraient repartir avec lui, mais il sait que ce ne serait pas possible, économiquement parlant. Alors il préfère les convaincre qu'ils seront heureux dans la maison que l'argent de son labeur en Europe permet de faire construire... Le nouveau chantier proposé au héros l'amène dans la maison d'une Française qui vit seule avec sa fille adolescente. Entre Gabrielle et lui, un rapprochement se fera, progressif et poussé non seulement par le désir mais aussi par leur double solitude. Emmanuelle Devos joue Gabrielle, Moustapha Mbengue est Amin. Faucon a bien fait de choisir ce comédien, musicien, chanteur et danseur sénégalais installé à Rome où il est devenu, depuis les meurtres racistes à Florence au début des années 2010, le visage et le porte-parole de la communauté sénégalaise vivant en Italie. Son jeu physique tout en retenue, d'une absolue crédibilité, nourrit bien par son incarnation le cinéma réaliste du réalisateur français né au Maroc. Un cinéma d'une simplicité assumée, filmé à hauteur de regard humain, humblement, avec délicatesse. Attentif à toutes les dimensions de ses personnages, Philippe Faucon veut et sait développer la texture cruciale des relations entretenues entre chacun d'entre eux et les autres, famille, compagnons de travail, voisins, plus celles et ceux qu'on croise par hasard et qui feront plus que passer. Amin est sa nouvelle épure, mais une épure habitée, comme toujours. Le cinéma comme une rencontre, comme une belle rencontre. Avec ce qu'il faut pour soulever des questions majeures, que notre société ne saurait ignorer et dont l'urgence se fait chaque jour plus forte.