Déluge de films français cette année sur Cannes, pour le meilleur du meilleur (formidable Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré) et le pire du pire (Une petite verveine, Gaspar Noé? Un zeste d'intelligence, Romain Gavras? Quelque chose qui ressemblerait vaguement à un début d'idée de cinéma, Antoine Desrosières?). Un peu folle, la première semaine du grand raout cinéphile aura en tout cas plutôt (très) bien réussi aux films belges. Et ce n'est pas encore tout à fait fini, puisque l'animé et flamand Ce magnifique gâteau! du tandem Emma de Swaef-James Roels sera présenté à la cérémonie anniversaire de la Qui...

Déluge de films français cette année sur Cannes, pour le meilleur du meilleur (formidable Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré) et le pire du pire (Une petite verveine, Gaspar Noé? Un zeste d'intelligence, Romain Gavras? Quelque chose qui ressemblerait vaguement à un début d'idée de cinéma, Antoine Desrosières?). Un peu folle, la première semaine du grand raout cinéphile aura en tout cas plutôt (très) bien réussi aux films belges. Et ce n'est pas encore tout à fait fini, puisque l'animé et flamand Ce magnifique gâteau! du tandem Emma de Swaef-James Roels sera présenté à la cérémonie anniversaire de la Quinzaine ce lundi.Les hostilités noires-jaunes-rouges avaient été lancées dès jeudi à l'ACID avec Seule à mon mariage de Marta Bergman. Soit, de la campagne roumaine à la nuit belge, une trajectoire de femme entre espoirs et galères, pour un premier film certes inégal mais vibrant d'une vérité quasi documentaire. Prometteur. Samedi, c'est toute la Croisette qui bruissait de la rumeur de Girl, première oeuvre là encore, du Gantois Lukas Dhont. Adolescent déniché au cours d'un casting organisé sous la houlette de Sidi Larbi Cherkaoui, par ailleurs chorégraphe du film, Victor Polster y illumine le parcours douloureux d'une jeune danseuse née dans un corps de garçon: une quête identitaire admirablement mature et jusqu'au-boutiste, et un sérieux candidat à la Caméra d'or. C'est du côté de l'Espace Miramar, en séance spéciale de la Semaine de la Critique, que Guillaume Senez a présenté pour sa part Nos batailles, son deuxième long métrage. Le réalisateur bruxellois, Magritte du meilleur premier film l'an dernier pour Keeper, y raconte l'histoire d'Olivier (Romain Duris, assez parfait), 40 ans, marié, deux gamins. Contremaître dans une usine de la région lyonnaise, il y défend des idéaux, des valeurs. Mais du jour au lendemain, sa femme s'en va, le laissant jongler seul entre son engagement et ses enfants... On retrouve ici la même obsession de faire "vrai", de coller à une certaine idée du réel, que dans Keeper, mais avec davantage de substance et un regard plus affirmé. À rebours de la logique commode du champ-contrechamp, les plans sont souvent longs, accompagnent le personnage de Duris de manière fluide tout en conservant les petites maladresses, les hésitations, les imperfections de la vie. S'en dégage un sentiment fort de justesse, élevant le travail de Senez à un niveau supérieur de vérité humaine. Quand il orchestre une séquence-clé de Nos batailles autour d'une scie de variété française (Le Paradis blanc de Michel Berger), on pense évidemment au cinéma de Joachim Lafosse (Julien Clerc dans À perdre la raison, Maître Gims dans L'Économie du couple...), dont il ne possède pas l'ambiguïté, cultivant un sens du récit nettement plus policé -cf. le titre très "balavoinien" du film. Mais l'écriture particulièrement aboutie du scénario, la subtilité de l'ensemble et l'émotion assez fulgurante de certaines scènes avec les enfants (le cartable, la pommade...) seraient plutôt du genre à reléguer ces quelques éventuelles réserves à l'arrière-plan. Beau film, vraiment.