Une tension féconde préside à de nombreux films d'Olivier Assayas, nourris de classicisme mais aussi du désir de prendre le pouls d'un monde changeant, voire d'en accompagner le mouvement. On se souvient ainsi comment dans Personal Shopper, son précédent opus, les textos reçus par Kristen Stewart constituaient un moteur dramatique inédit. Il est encore beaucoup question d'écriture sous des formes diverses, de l'autofiction au tweet, dans Doubles vies, un film où le cinéaste français investit le milieu de l'édition confronté à la révolution numérique. "Là où un film comme Personal Shopper traitait explicitement des abîmes qu'ouvre Internet sous nos pieds, et dans lesquels on peut être facilement aspiré, il s'agit cette fois plutôt de voir comment le monde change, du fait, aujourd'hui, des technologies numériques. La totalité de la société en est affectée, de manière à la fois bénéfique et maléfique, et le film a à voir avec la façon dont on s'adapte ou pas à cette transformation. Est-ce qu'on est solidaire de ce changement? Est-ce qu'on l'interroge? Comment vit-on la remise en question des valeurs sur lesquelles sont éventuellement fondés sa propre vie, son travail, ses convictions?"
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