La représentation de cette danseuse est liée à celle d'une autre sculpture en cire et tutu qu'Edgar Degas avait exposée en 1881 dans une cage de verre. Interpellé par cette oeuvre célébrissime (comme il l'est par d'autres signées Le Caravage ou Goya) Peter Rogiers l'avait déjà prise, dès 1995, comme point départ dans une pièce en cire et peau animale. En effet, en héritier des méthodes modernistes initiées par Picasso, il n'a de cesse de tordre le cou aux icônes. Or, La petite danseuse de Degas fait partie du lot. Demeurée dans l'atelier jusqu'à la mort de l'artiste, elle est aujourd'hui coulée dans le bronze dans 29 musées du monde et continue à poser bien des questions comme celle de la longueur ou de l'apparence du "tutu".

Il la retrouva donc en 2019 à travers une pièce "Bilitis" faite d'époxy, de polyester, acier, d'alu, de bois et de nylon.

Depuis, elle le hante même si l'oeuvre depuis, gagne d'autres anatomies habitées par les thématiques du vol et du corps dansant. En réalité, Rogiers est un homo faber qui, s'il a bien une idée de départ, sait que ses mains vont peu à peu l'entraîner ailleurs et toujours au coeur des questions de plasticité.

Cette fois, protégée par un tissu chiffonné retenu sur un corps tout en muscles, sa danseuse a le visage fermé et frappe le sol en héritière des leçons de Pina Bausch, la chorégraphe qui fascine le sculpteur autant que les créations de William Forsythe. De là, à voir dans le palmier, un autre danseur, il n'y a qu'un pas que l'installation invite à franchir.

La première fois qu'il traite les possibles volumétries de cet arbre remonte aux débuts des années 2000 et se conjuguent aussitôt à la manière d'un corps en mouvement tout en bronze (pour la musculature du tronc) et en alu (pour les plans éclatés des frondes) jusqu'à atteindre les six mètres de hauteur. Parfois, l'arbre s'élance vers le ciel, à d'autres moments, il se courbe, se couche, s'étire. Ici, il se replie sur lui-même. S'immobilise. Le couple ainsi posé interroge sous l'angle de la "contradiction" (un terme qu'affectionne Rogiers) deux formidables clichés, l'un renvoyant à l'exotisme de pacotille (le palmier des voyages de rêve ou des nuits disco), l'autre mille fois banalisé mais toujours actif, mélangeant sans recul, le fantasme de la ballerine (celle de Degas expulsée de l'Opéra après le scandale provoqué, avait fini prostituée) et l'adulation d'une oeuvre dont aujourd'hui, on n'admire (sauf à Washington qui possède l'original) que des copies falsifiées.

Anvers, Tim Van Laere Gallery. Jos Smolderenstraat 50. Jusqu'au 15 janvier. Du mardi au samedi de 13h à 18h. www.timvanlaeregallery.com

Légende : Spinner, 2020 et Summer Breeze, 2020 ? Courtesy Tim Van Laere, Antwerp

Légende : Pieter Rogiers, Yard, 2020. C de l'artiste et galerie Tim Van Laere, Anvers.

La représentation de cette danseuse est liée à celle d'une autre sculpture en cire et tutu qu'Edgar Degas avait exposée en 1881 dans une cage de verre. Interpellé par cette oeuvre célébrissime (comme il l'est par d'autres signées Le Caravage ou Goya) Peter Rogiers l'avait déjà prise, dès 1995, comme point départ dans une pièce en cire et peau animale. En effet, en héritier des méthodes modernistes initiées par Picasso, il n'a de cesse de tordre le cou aux icônes. Or, La petite danseuse de Degas fait partie du lot. Demeurée dans l'atelier jusqu'à la mort de l'artiste, elle est aujourd'hui coulée dans le bronze dans 29 musées du monde et continue à poser bien des questions comme celle de la longueur ou de l'apparence du "tutu".Il la retrouva donc en 2019 à travers une pièce "Bilitis" faite d'époxy, de polyester, acier, d'alu, de bois et de nylon. Depuis, elle le hante même si l'oeuvre depuis, gagne d'autres anatomies habitées par les thématiques du vol et du corps dansant. En réalité, Rogiers est un homo faber qui, s'il a bien une idée de départ, sait que ses mains vont peu à peu l'entraîner ailleurs et toujours au coeur des questions de plasticité.Cette fois, protégée par un tissu chiffonné retenu sur un corps tout en muscles, sa danseuse a le visage fermé et frappe le sol en héritière des leçons de Pina Bausch, la chorégraphe qui fascine le sculpteur autant que les créations de William Forsythe. De là, à voir dans le palmier, un autre danseur, il n'y a qu'un pas que l'installation invite à franchir. La première fois qu'il traite les possibles volumétries de cet arbre remonte aux débuts des années 2000 et se conjuguent aussitôt à la manière d'un corps en mouvement tout en bronze (pour la musculature du tronc) et en alu (pour les plans éclatés des frondes) jusqu'à atteindre les six mètres de hauteur. Parfois, l'arbre s'élance vers le ciel, à d'autres moments, il se courbe, se couche, s'étire. Ici, il se replie sur lui-même. S'immobilise. Le couple ainsi posé interroge sous l'angle de la "contradiction" (un terme qu'affectionne Rogiers) deux formidables clichés, l'un renvoyant à l'exotisme de pacotille (le palmier des voyages de rêve ou des nuits disco), l'autre mille fois banalisé mais toujours actif, mélangeant sans recul, le fantasme de la ballerine (celle de Degas expulsée de l'Opéra après le scandale provoqué, avait fini prostituée) et l'adulation d'une oeuvre dont aujourd'hui, on n'admire (sauf à Washington qui possède l'original) que des copies falsifiées. Anvers, Tim Van Laere Gallery. Jos Smolderenstraat 50. Jusqu'au 15 janvier. Du mardi au samedi de 13h à 18h. www.timvanlaeregallery.comLégende : Spinner, 2020 et Summer Breeze, 2020 ? Courtesy Tim Van Laere, AntwerpLégende : Pieter Rogiers, Yard, 2020. C de l'artiste et galerie Tim Van Laere, Anvers.