Il le dit lui-même à la fin, après les saluts : dans le contexte actuel, alors que tant d'artistes ont vu leurs représentations annulées, Eric De Staercke se sent privilégié de pouvoir monter sur scène avec ce monologue. Et nous aussi, de notre côté, assis sur nos petites chaises distancées socialement dans la nef de l'ancienne abbaye, on mesure la chance qu'on a d'assister, en cet été pas comme les autres, au traditionnel spectacle de Villers-la-Ville. 200 spectateurs par soir, pas un de plus. La série est complète jusqu'au 30 août.
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Il le dit lui-même à la fin, après les saluts : dans le contexte actuel, alors que tant d'artistes ont vu leurs représentations annulées, Eric De Staercke se sent privilégié de pouvoir monter sur scène avec ce monologue. Et nous aussi, de notre côté, assis sur nos petites chaises distancées socialement dans la nef de l'ancienne abbaye, on mesure la chance qu'on a d'assister, en cet été pas comme les autres, au traditionnel spectacle de Villers-la-Ville. 200 spectateurs par soir, pas un de plus. La série est complète jusqu'au 30 août. Une petite jauge et un spectacle de forme modeste qui remplacent tant que faire se peut la mise en scène de Lucrèce Borgia par Emmanuel Dekoninck, reportée à 2021. Petite consolation: avec Eric De Staercke, on reste chez Victor Hugo puisque ce seul en scène est la reprise mise à jour d'une conférence foldingue sur le roman Notre-Dame de Paris, créée il y a 30 ans. Entre une potence, un tonneau et un portait pop art de l'écrivain barbu, voilà le comédien qui déboule, revêtant les oripeaux d'un ménestrel, petit luth à la main, et se présentant lui-même, à la manière des Six de Pirandello, comme Gringoire, "le personnage principal de Notre-Dame de Paris. C'est ce protagoniste, le seul ayant vraiment existé et pourtant souvent passé à la trappe dans les innombrables adaptations, qui servira de fil rouge dans ce spectacle-labyrinthe. Un dédale où l'on passe en angles droits d'extraits du roman à des reconstitutions de scènes (dont une savoureuse de théâtre dans le théâtre, pour la première représentation chahutée du mystère signé par Gringoire Le Bon Jugement de Madame la Vierge) et, pour pimenter l'affaire et effacer l'image de vieux patriarche d'Hugo, des anecdotes sur la vie sexuelle mouvementée de Victor (sur base, entre autres, de Victor Hugo et la sexualité, essai tout à fait sérieux de Henri Guillemin publié chez Gallimard en 1954). Dans cet enchevêtrement de niveaux, et même si parfois les transitions manquent de tranchant, Eric De Staercke maintient l'allure, détaillant sur son propre corps chaque difformité du pauvre Quasimodo, se muant à la lueur des flammes en troublante Esmeralda, assurant le bruitage des combats, construisant avec deux chaises la cathédrale et son double beffroi, et prêtant même sa voix à la petite chèvre Djali. Au bout du compte, du pourpoint on est passés à la veste en cuir. Hugo est dépoussiéré, presque rock 'n'roll. Il ne reste plus qu'à le relire. Ca tombe bien : le roman est en vente à la sortie.