Maladies à vendre

28/10/11 à 17:28 - Mise à jour à 17:28

Les sociétés pharmaceutiques sont une nouvelle fois pointées du doigt dans ce documentaire, où leurs dérives ne manquent pas de choquer.

Maladies à vendre

© PG

Vous ne regarderez plus la télévision de la même façon. Tout comme vous ne verrez plus les firmes pharmaceutiques comme avant. Sous le titre sibyllin Maladies à vendre se cache en fait une charge féroce contre le marché du médicament. Postulat de base: l'industrie pharmaceutique invente des maladies qui n'existent pas, pour lesquelles elle vend des médicaments qui ne marchent pas. Et pour étayer la plaidoirie contre les géants de la chimie, une foule de spécialistes sont convoqués à la barre: médecins, journalistes santé, pontes marketing... et anciens membres éminents du personnel de ces puissantes sociétés.

Lesquelles ont d'ailleurs pour la plupart refusé de répondre aux questions d'Anne Georget: Eli Lilly, Novartis, Pfizer et Sanofi-Aventis (le gros du marché) n'ont en effet pas souhaité prendre la parole ici.

Un exemple de la gigantesque campagne de supercherie contemporaine qu'elles orchestrent: le syndrôme prémenstruel, qui n'épargne depuis la nuit des temps aucune femme en âge de procréer (et qui donne droit à des commentaires lourdingues du type "T'as tes règles?" quand une représentante du beau sexe marque sa désapprobation sur un quelconque sujet) a été rebaptisé "trouble dysphorique prémenstruel". Dysphorique: voilà qui fait peur et qui évoque une abominable pathologie. Eh bien nos chimistes lui ont trouvé la parade: faire campagne pour l'exacte réplique de la molécule du Prozac, vendue 4 fois plus cher -normal, puisqu'elle n'est administrée qu'une semaine par mois.

Japon dépressif

Les "pharmaciens" sortiraient de leur chapeau des problèmes de santé qui correspondent à des médicaments qui existent déjà, qui sont en perte de vitesse, ou qui n'obtiennent pas les résultats commerciaux escomptés, et les maquillent pour leur donner une apparence d'innovation.

Mais elle élargit également les critères de définition de la maladie, et joue sur les peurs les plus profondes de l'être humain: selon elle, le taux normal de cholestérol est celui d'un sportif de 25 ans, l'érection doit être dure comme du bois à tous les coups, le moral d'acier en permanence...

Le petit écran américain (qui s'inscrit dans une société particulièrement hygiéniste et autorisant la publicité pour la médecine et la pharmacie) est inondée de campagnes de "santé publique" prises en charge en tout ou en partie par l'industrie pharmaceutique. Et fait tache d'huile: le Japon, qui ne voulait jadis pas entendre parler de la dépression (déshonorante), a changé d'avis. En cause: une habile campagne de pub dans laquelle l'expression "dépression majeure" a été remplacée par "rhume de l'âme". Les connotations font le travail: le rhume s'attrape et peut toucher chacun, l'âme est un concept collant parfaitement à la culture japonaise. Ça, plus le gros coup de mou de la princesse, confirmé par la Cour Impériale, et les dérivés du Prozac se créaient un boulevard au pays du soleil levant. Un film particulièrement instructif.

Myriam Leroy

Maladies à vendre, documentaire d'Anne Georget. ****

Ce mardi 1er novembre à 21h35 sur La Une.

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