Les chemins de la mémoire

11/02/11 à 15:22 - Mise à jour à 15:22

Couronné par un Magritte du meilleur documentaire et par un tas d'autres prix, ce film surpuissant de José-Luis Penafuerte pose la question de la Mémoire dans une Espagne où les fantômes de la Guerre civile rôdent toujours.

Les chemins de la mémoire

© DR

Bardé de prix dans les différents festivals où il a été présenté (accrochant notamment le Magritte dans sa catégorie), ce splendide documentaire de José-Luis Peñafuerte atterrit en primeur sur La Trois. Et il faut s'en réjouir parce que la jeune chaîne affiche par là toutes ses ambitions.

Les Chemins de la Mémoire aborde un sujet aussi essentiel que sensible de l'autre côté des Pyrénées: la gestion des restes de la Guerre civile espagnole, des relents de mémoire, des frustrations et des peines laissées en suspens par une Histoire écrite, comme toujours, par les vainqueurs. Et les vainqueurs de cette guerre, qui déchira le pays entre 1936 et 1939, furent Franco, les siens et leur régime autoritaire, catholique intégriste et profasciste. La carte des fosses communes creusées à l'époque de la victoire franquiste fait froid dans le dos: les points rouges s'accumulent dans la péninsule ibérique comme la varicelle sur le corps d'un enfant. Des milliers de femmes et d'hommes sont encore, aujourd'hui, privés d'une sépulture digne pour leurs parents ou grands-parents assassinés par le Mouvement national.

Comment tourner la page

Le film dévoile notamment la motivation d'un médecin légiste, parcourant l'Espagne pour mettre à jour, sous le soleil et dans la poussière, ces charniers où les squelettes s'entassent. Avec autant de force formelle que d'impact sur le fond, le Belgo-Espagnol José-Luis Peñafuerte nous livre un documentaire puissant, passionnant, où quelques plans d'une grâce incroyable se mettent au service d'un message forcément nécessaire, celui de la gestion de la "page à tourner" ou de la "page à lire avant de la tourner" dans un pays touché jadis par la guerre civile.

On pense à ce travelling arrière qui, d'un groupe d'enfants à qui l'on explique l'indépassable Guernica de Picasso en plein Musée Reina Sofia, passe doucement au regard embué de Jorge Semprun, debout, en retrait, mais qui n'en perd pas une miette. Tout au long du film, Semprun le politique, l'écrivain, le déporté de Buchenwald, apporte la pertinence de sa pensée au propos de Peñafuerte. Un propos explicité de manière didactique, au sens propre parfois, puisque l'on suit des témoins de la guerre et de ses conséquences dans une classe d'ados d'aujourd'hui.

Seul bémol: sans infos contextuelles, le téléspectateur vierge de connaissances sur le sujet aura probablement du mal à reconstruire le puzzle initial (le gouvernement populaire élu démocratiquement, le Front populaire, le putsch, les nationalistes contre les républicains, les Brigades internationales...). Mais la force de cette évocation pourrait le pousser à relire ses livres d'Histoire.

Les chemins de la mémoire, 21.05 sur La Trois.

Documentaire de José-Luis Penafuertes.

Guy Verstraeten

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