L'Aventure du football africain

08/06/10 à 09:28 - Mise à jour à 09:28

A les voir manier d'improbables ballons faits de bric et de broc, sur des surfaces aussi lisses qu'un visage d'ado acnéique, on pourrait facilement se laisser aller à réécrire l'Histoire: aussi instinctif qu'il puisse paraître dans leurs pieds, le football, sport évidemment roi sur continent méridional, n'est pas né en Afrique.

L'Aventure du football africain

© PG

Documentaire d'OLIVIER MONOT ET AWA LY.

Ce mardi 8 juin à 17.00 sur TV5MONDE

Diffusée ce mardi, la première partie -Naissance d'une Nation- de ce documentaire bicéphale (le lendemain, même heure, la seconde partie) retrace en effet la genèse du foot africain, celle qui vit les peuples coloniaux débarquer manu militari avec leur sport favori. Pour l'imposer aux populations locales?

Pas vraiment, même si les jeux africains furent souvent niés et effacés par les puissances dominantes et que la Grande-Bretagne, par exemple, décida d'utiliser le football dans ses colonies pour promouvoir la "chrétienté du muscle", à savoir les valeurs de courage, de loyauté et de fair-play. Pour les autres envahisseurs coloniaux, le ballon resta longtemps l'apanage distractif des blancs: c'est dans la clandestinité, ou en tout cas suivant des règles d'apartheid sportif strictes, que les autochtones prirent goût pour de bon au sport roi.

TATA RAPHAËL

Olivier Monot et Awa Ly, dans leur film, débroussaillent ainsi les liens parfois étroits entre émancipations sportive et politique, le football devenant dans certains cas le "cheval de Troie de l'indépendance". En Egypte, où la mainmise anglaise était suffisamment lâche pour que des associations sportives se créent, le club d'Al Ahly prit ainsi la tête de la résistance footballistique, avec des décennies d'avance sur l'Afrique subsaharienne, enserrée dans un étau encore plus verrouillé.

La France, à cet égard, fit régner sa politique autoritaire et centralisatrice dans ses colonies, permettant difficilement aux clubs locaux de s'émanciper. L'Hexagone est ainsi au centre de plusieurs développements entrepris dans le documentaire: les cas de l'Espérance Tunis -un peu le Al Ahly tunisien- ou celui des Algériens du championnat français et de l'équipe de France sont analysés avec force témoignages dans le film.

Pareil pour le Congo belge, où le prêtre Tata Raphaël mit tout en oeuvre pour prendre la politique de fermeture à contre-pied, en organisant des matchs entre l'Union Saint-Gilloise, par exemple, et des sélections congolaises, puis en créant un grand stade dans la future Kinshasa.

Images d'archives, témoignages, douce voix off (un peu lénifiante, mais bon...): un documentaire classique mais ô combien intéressant à l'heure où l'Afrique organise pour la première fois la grand-messe internationale du football.

Guy Verstraeten

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