PIL ou le retour de Johnny Rotten

08/07/10 à 11:31 - Mise à jour à 11:31

PIL, aux Ardentes et à Zottegem, n'a plus qu'un membre commun avec ses débuts seventies: l'inamovible parrain punkoïde Johnny Rotten Lydon.

PIL ou le retour de Johnny Rotten

© DR

Vingt décembre 1978, Théâtre 140, Bruxelles. Don Letts, DJ jamaïcain improvisé en garde du corps, surgit sur scène, nattes en furie, avec une balle de base-ball peu amicale. Lydon, dos au public, déroule sa grammaire ironique dans un irritant capharnaüm sonore: c'est fait exprès. Pour ce premier double concert de la carrière de Public Image Limited, les mauvaises vibrations rencontrent l'énergie houleuse de l'assistance.

De fait, voilà deux répétitions officieuses avant le véritable examen de passage (au Rainbow de Londres les 25 et 26 décembre), dans un petit théâtre de 600 places où le peuple punk est venu voir le nouvel engin gladiateur de Johnny.

A la mi-janvier 1978, après une désastreuse tournée américaine, les Sex Pistols splittent. Johnny engage alors son pote John Wardle (Jah Wobble) au rôle de bassiste infragrave et forme PIL, qui rompt vicieusement avec le 1, 2, 3 punky monochrome.

Le public qui se rend au 140 a découvert en octobre 1978 un premier single troublant et moqueur (Public Imaaaaaaage), puis un album éponyme, chargé des longues lignes maniaques de Wobble et du jeu autiste du guitariste Keith Levene (ex-Clash des tout débuts). L'après-midi du 140, Levene & Co exigent des organisateurs qu'ils trouvent du speed et de la coke, histoire de recharger leurs accus au rayon aphrodisiaque. L'Image Publique se barre d'autant plus en couilles que le retard amène les deux publics à se croiser dans un chaos indescriptible. Le premier set est désastreux, le second n'est pas terrible. Le groupe se réfugie dans sa paranoïa camée et le tout évoque davantage un happening dub-fusion-dance qu'une ordonnance rock.

Mais au détour d'un morceau inévitablement grondant (Theme, Fodderstompf) s'inscrit une musique désireuse de briser l'esthétique comme l'éthique du classique rapport groupe-public. Rotten a voulu une démocratie à quatre (le batteur Jim Walker quittera très vite le groupe) mais sa propre légende, incontrôlée, jette une ombre dévorante sur le destin commun du band. PIL connaîtra quelques moments de gloire réelle et méritée (comme le Metal Box de 1979) mais ne questionnera plus jamais de façon aussi virulente le rôle tutélaire de la star vampirisée par son image.

N'ayant plus enregistré en studio depuis 1992, PIL s'est reformé pour des concerts en 2009, grâce à l'argent gagné par Lydon sur des pubs (marrantes) autour d'un beurre anglais. La formation 2010 récupère deux anciens soldats (Lu Edmonds et Bruce Smith), y ajoute un nouveau venu (le batteur Scott Firth) mais, au fond, tout le monde s'en fout: c'est Johnny, sa légende et le reste, qu'on vient voir. Même si, faut pas déconner, cela avait plus de force, de sens et de fraîcheur, en 1978...

Voici d'ailleurs un petit extrait de ce fameux concert au théatre 140: Belsen. A entendre les commentaires, on ne saurait dire si le public a apprécié ou s'il s'est simplement pris au jeu des musiciens sur scène...

PIL, au Rock Zottegem le 10 juillet et aux Ardentes le 11 juillet.

www.rock-zottegem.be et www.lesardentes.be

Philippe Cornet

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