Matthew Herbert @ Autumn Falls: tout est son dans le cochon

28/11/11 à 11:21 - Mise à jour à 11:20

Vendredi soir, Matthew Herbert venait présenter One Pig, son dernier concept-album autour de la vie et de la mort d'un porc. Sur scène, entre dub, techno et musique concrète, des ballots de paille, des couinements porcins, et un bon vieux stoemp saucisse...

Matthew Herbert @ Autumn Falls: tout est son dans le cochon

© Noah Dodson

Elle n'en peut plus, complètement hilare. Un vrai fou rire. Il lui faudra bien 5 minutes pour en sortir. Elle n'est pas la seule dans le public assis dans les gradins de l'AB Box, à se bidonner. Sur la scène de l'AB, 5 hommes, têtes de courtiers d'assurance, blouses blanches de laborantins, sont penchés sur leurs instruments/machines. Entre deux grognements de cochons, ils concoctent une drôle de cacophonie métallique. Au milieu, une sorte d'enclos, au sol couvert de paille: un des savants fous s'y agitent, tirant sur les fils de la clôture produisant ainsi les grognements porcins. Il a le sourire un peu fou, dodelinant sur le beat. Une performance d'art contemporain? Il y a de ça dans le dernier projet en date de Matthew Herbert, mais pas seulement...

Le projet en question, c'est One Pig, le dernier volet d'une trilogie, débutée avec One One. Pour One Pig, le producteur-remixeur-DJ a suivi et samplé la vie d'un cochon, de la naissance à l'assiette, en utilisant les sons récoltés pour pondre la musique, chaque morceau représentant un mois de la vie de l'animal. Un disque concept qui a courroucé à l'avance la Peta (People for the Ethical Treatment of Animals), accusant l'artiste de faire du divertissement à partir des traitements cruels infligés aux animaux. En l'occurrence, c'est plutôt aux oreilles humaines que les mauvais traitements sont réservés en début de concert: Herbert et ses 4 camarades interpellent avec un magma bruitiste, sons stridents et couinements agricoles. Petit à petit pourtant, une trame s'installe, une structure se dégage. Le mois d'octobre est plus apaisé, tout en nappes de clavier. Novembre débute par des percus et se transforme petit à petit en une sorte de dub industriel, un morceau de bass music qui aurait pu sortir sur le label Brainfeeder. Plombé, Décembre enchaîne sur fond de cold wave industrielle: la fin de l'animal se rapproche. Pour Janvier, les 5 musiciens se retrouvent tous au centre de l'enclos, pendant que un cuistot déboule dans le fond de la scène pour installer ses ingrédients. Des bruits de gouttes de sang tombant par terre, celui d'une scie découpant les os: le cochon est mort ce soir. Derrière, le chef fait grésiller le lard et les saucisses, tandis que deux ventilateurs renvoient les odeurs de bouffe vers le public... Le concert se délie aussi un peu à ce moment-là. Une chute de rythme? Un peu comme si la mort du porc avait aussi tué tout enjeu narratif - preuve qu'au-delà du geste conceptuel et de la démarche musicale exigeante, Herbert a réussi à raconter une histoire.

Après une petite heure, le mois de Mai termine le concert. La table a été mise, et avant de distribuer un classique stoemp saucisses au public, Herbert prend le micro. Accompagné par un clavier mielleux, il entame une ode à l'animal mort. Rires à nouveau. Et puis, malgré tout, le silence, l'écoute. "A simple life is all we need", chante Herbert, avant de quitter la scène. On se surprend à trouver ça à la fois grotesque et réellement troublant. A l'image du concert en fait. Un moment singulier, qui pour s'éloigner des rivages de la pop, a réussi à éviter l'abscons pour conter une simple histoire, poser des questions. Voire même susciter de vraies émotions...

Laurent Hoebrechts

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