Margaret Thatcher, moteur de créativité artistique malgré elle (vidéos)

09/04/13 à 08:47 - Mise à jour à 08:46

En asséchant le financement public de la culture au Royaume-Uni et en suivant une politique sociale sans concessions, Margaret Thatcher a été à l'origine d'une créativité artistique sans précédent, souvent féroce et à ses dépens, qui a perduré bien au-delà de son départ du pouvoir.

Margaret Thatcher, moteur de créativité artistique malgré elle (vidéos)

© Reuters

Elle "a eu un impact phénoménal sur la culture en provoquant un rebond idéologique. Elle a fourni l'impulsion cruciale qui manquait à la culture britannique", selon David Khabaz, auteur de Problèmes contemporains dans la culture populaire. "C'est un mouvement paradoxal: si Thatcher n'avait pas attaqué l'art en supprimant les financements, la culture idéologique ne serait pas apparue. Elle a joué un rôle extrêmement important dans plusieurs prouesses artistiques des années 1980", souligne-t-il.

Arrivée au poste de Premier ministre en 1979, Margaret Thatcher a progressivement supprimé le financement du Conseil des arts, installé en 1946 pour mettre la culture à portée de tous. Elle considérait que les artistes, à l'instar du reste de la population, devaient se débrouiller par eux-mêmes pour réussir, et n'appréciait pas non plus de "financer" des artistes considérés comme étant de gauche et critiques de son action.

En plus de l'assèchement des fonds, sa gestion sociale (mineurs, Irlande du Nord, chômeurs) et diplomatique (bloc soviétique, Malouines) a provoqué une levée de boucliers dans le milieu de la culture.

Musique, peinture, cinéma, littérature, théâtre, télévision, architecture et même mode, la Dame de fer "a influencé les moindres aspects de la vie quotidienne", relevait David Christopher, auteur de Culture britannique, introduction.

C'est dans la musique que la réaction a été la plus visible et la plus virulente. En 1988, le chanteur Morrissey avait fait un "merveilleux rêve": voir "Margaret sur la guillotine".

Des dizaines de chansons ont appelé à sa démission, voire à sa mort, dénonçant celle qui "prend son thé avec Pinochet" ou qui fait de l'Angleterre la "putain du monde".

Le mouvement punk, lancé par les Sex Pistols en 1976, s'est également rallié à la mouvance antiThatcher qui était incarnée notamment par The Clash, Elvis Costello, Billy Bragg ou encore Paul Weller (The Jam), The Communards, Madness, Prefab Sprout, Lloyd Cole ou The Smiths.

Avant les législatives de 1987, des artistes avaient créé le collectif Red wedge pour inciter à voter Labour avec des spectacles notamment au profit des chômeurs.

La contre-culture utilisait le système D: concerts et expos dans des entrepôts, rave-parties, fabrication artisanale de CD, publication de fanzines.

Dans les arts graphiques, des étudiants organisaient en 1988 l'exposition Freeze pour présenter leurs oeuvres. Parmi eux, Damien Hirst qui a décroché en 2007 le record pour le prix d'une oeuvre vendue du vivant de son auteur. Plusieurs galeries servaient aussi de tremplin à la contre-culture.

Mais une organisation a échappé à Margaret Thatcher: la très respectée BBC, financée par la redevance donc indépendante. Tout en résistant à l'arrivée de la concurrence privée, elle a diffusé des émissions et séries très critiques et dérangeantes comme Panorama.

Pendant ce temps, ITV diffusait au quotidien un spectacle de marionnettes politiques, Spitting image, franchement irrévérencieux.

"Thatcher détestait la BBC, jusqu'à ce qu'elle parvienne à nommer des responsables aux sympathies Tories", précisait M. Christopher.

Channel 4, chaîne de télévision publique financée par la publicité et créée en 1982, a pour sa part réalisé des films "sociaux" destinés à la télévision qui ont connu un vif succès au cinéma.

C'est le cas de My beautiful laundrette, écrit par Hanif Kureishi et réalisé par Stephen Frears. Deux noms qui se sont distingués dans les oeuvres réalistes sur la classe ouvrière et les opprimés du thatchérisme. Le Nobel de littérature Harold Pinter et les réalisateurs Ken Loach, Mike Leigh ou encore Mark Herman se sont également inscrits dans cette lignée.

Cette créativité a perduré après son départ en 1990. Début 2008, un théâtre de Londres a ainsi présenté la pièce La mort de Margaret Thatcher. En 2011, c'est le cinéma qui s'est emparé, pour un portrait plus nuancé, de Iron Lady, incarnée par l'actrice américaine Meryl Streep, ce qui lui a valu un troisième oscar.

Avec Belga

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