L'album de la semaine: The Waterboys - Modern Blues

19/01/15 à 10:42 - Mise à jour à 10:41

Source: Focus

ROCK | Premier album de matériel original pour Mike Scott & co en huit ans, bouclé à Nashville, pour un résultat moins country qu'en partie springsteenien.

L'album de la semaine: The Waterboys - Modern Blues

Mike Scott, Dublin. © Dara Munnis

Jack White y a installé famille, label et studio, pas loin de Dan Auerbach qui y enregistre ses Black Keys. Depuis plus d'un demi-siècle, Nashville incarne le modèle contemporain de la country, mais de Dylan à... Arno (à l'automne 1992 pour Idiots savants), des visiteurs testent ponctuellement la réputation d'excellence des studios, dans un cadre provincial peu propice aux distractions non-musicales. Sans sacrifier au style local, Presley y grava quelques rock marquants de son après-retour de 1968. Guère étonnant donc que Mike Scott, zélote fureteur des Waterboys depuis 1983, ait fini par emprunter la route du Tennessee, à la recherche d'une nouvelle encre musicale. À une carrière zappant folk, power pop, gospel et filon celtique dans des sessions menées de l'Irlande à New York, il rajoute ici une sonorité roots, cependant étanche aux yodels cowboys. Mais l'endroit semble avoir donné du jus, du bon cholestérol et du nerf à vif aux chansons.

Gumbo ricain

Neuf titres pour 51 minutes de musique qui signent le pouls de l'album dès la première plage, Destinies Entwined: un riff de guitare neveu de Born To Be Wild, en moins frontal, des cuivres chauds, et la voix toujours charnue de Mike Scott. On note d'emblée l'orgue Hammond et ses coulées de notes généreuses rappelant qu'à l'origine, les années 30, l'instrument fut d'abord utilisé par les églises. L'orgue qui épaissit et spiritualise le son, c'est aussi le principe de la Béchamel de Bruce Springsteen, auquel plusieurs morceaux de Modern Blues ramènent. Particulièrement dans les dix minutes de Long Strange Golden Road clôturant l'affaire, l'Hammond en électron libre s'éternisant comme un salut, une dernière bravoure. Référence americana en plein vu l'enregistrement nashvillien et l'embauche du claviériste Paul Brown de Memphis, de David Hood, bassiste ayant bouclé quelques hits historiques d'Aretha Franklin, et du vocaliste Don Bryant, vétéran de la scène soul et mari d'Ann Pebbles. De ce gumbo ricain, Scott retire une énergie humide, sans pour autant s'y enliser. De fait, parolier vif, il n'abandonne pas l'esprit de W.B. Yeats, poète irlandais qu'il honorait dans le disque précédent (An Appointment With Mr Yeats, en 2011), jouant avec une forme de symbolisme décalé, voire d'ironie fraternelle. D'où les excellents I Can See Elvis, Nearest Things To Hip et The Girl Who Slept For Scotland. Ce dernier, pouvant être pris à la lettre pour Mike, natif d'Edimbourg (Scottland...), est aussi ce qui se rapproche le plus de la "big music". Celle qui dans les années 80/90, installa la réputation des Waterboys comme mélodistes lyriques et un rien grandiloquents.

  • DISTRIBUÉ PAR V2 RECORDS.

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