Jacques Duvall - Expert en désespoir

31/01/11 à 18:45 - Mise à jour à 18:44

CHANSON | Cinquième album pour l'expert des amours fissurées et du chagrin des Belges, qui mérite de sortir du cercle des poètes disparus pour embrasser le grand public.

Jacques Duvall

Jacques Duvall © P. Schyns - Sofam

Jacques Duvall

Jacques Duvall © P. Schyns - Sofam

La radio rendra-t-elle ce qu'elle a pris à Jacques Duvall, ses mélodies en faux pain de sucre qui ont tant fait pour Lio? C'est l'option inconsciente de ce nouveau disque: bien qu'enregistrées sous le sceau de l'écurie Freaksville, les 11 chansons semblent vouloir sortir du garage pour parader leur spleen caustique au grand air. Il faut dire qu'en matière de stock charbonneux, Duvall a déjà engrangé suffisamment d'anthracite pour carboniser plusieurs générations de chansons. Faut pas lui en vouloir, il a grandi avec l'esprit clairvoyant de penser que les meilleures histoires sont celles qui sont déjà finies. Et que les nouvelles amoureuses frappant à la porte connaîtront le même sort funeste. Pas forcément une école de pessimisme, peut-être un simple gène noir qui rôdera en lui jusqu'à la fin des haricots. A 58 ans, sa cuti fallacieuse prend un tour plus serein, comme si tout ce poison existentialiste se mariait bien aux parfums du désir. Notre bon Jacques serait-il amoureux? L'expert en désespoir ne répondra pas à cette accusation, mais donne quelques indices dans La grève des éboueurs: "Le comble, c'est que la pire des saletés/C'est toi et je ne peux même pas te jeter (...) La vie n'est plus qu'une décharge." Mais pourquoi tant de haine? "Je suis un insecte/A tes yeux en tout cas/Faudra bien que j'accepte/Que c'est comme cela que tu me vois." (L'insecte) Jacques a donc compris qu'on est toujours l'animal de quelqu'un, même si cela implique de partager ses sentiments avec la jeune Mademoiselle Nineteen dans le clairvoyant Comme par désenchantement. Even cowboys get the blues

A ce stade-ci, il est bon de préciser les parfums sonores de l'affaire: variés. Country affriolante pour le titre d'ouverture, Désespéré, traînées bluesy pour L'insecte et ballade en bonbon acidulé pour Trop tard. Dans Pas moi, les guitares nerveuses électrisent l'intro alors que les cordes apaisées définissent l'outro. Ce cisèlement qui détonne un brin sur les habituelles freaksvilleries teinte également les textes. Etre cultivé, ce n'est pas seulement citer Oscar Wilde et Cioran dans le premier morceau mais aussi évoquer un chanteur de variété dans le dixième titre déjà appelé à monter en Première Division. Demandez le programme: "Je m'étais dit/Je vais essayer d'écrire la chanson la plus triste du monde (...) Plus triste que la chanson d'Hugues Aufray, De Velours noir, qui me faisait pleurer quand j'étais petit/Plus triste que n'importe quelle chanson de Townes Van Zandt/Un cowboy texan qui n'a écrit que des chansons tristes/Plus triste que Je me suis souvent demandé de Bobbejaan Schoepen/Un chanteur belge qui portait un chapeau de cowboy/Comme Townes van Zandt/Tiens peut-être que les chapeaux de cowboy, cela donne le bourdon/Faudrait se pencher sur la question." Et Jacques Duvall est -bien sûr- en chapeau de cowboy sur la pochette.

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