Gorillaz à découvert

22/11/10 à 14:58 - Mise à jour à 14:57

Projections délirantes, attirail de tubes, armada de stars... Les concerts de Gorillaz en jettent à mort et symbolisent l'importance prise par Damon Albarn dans l'univers de la pop moderne. Voyage à Los Angeles avant l'escale de jeudi à Anvers.

Gorillaz à découvert

© Reporters

Si vous allez voir Gorillaz à la Lotto Arena d'Anvers, à l'occasion de sa première date belge et de sa première tournée mondiale, vous n'avez peut-être pas envie d'un type qui vous coupe l'herbe sous le pied et tonde l'effet de surprise. Comme ces critiques maladroits qui, à propos d'un livre ou d'un film, commenceraient par vous dire que le coupable, c'est le boîteux... Gardez donc ce papier bien au chaud et vous le parcourrez dans la voiture en rentrant jeudi de l'immense et impersonnel hall anversois avec un sourire jusqu'aux oreilles.

Si, par contre, comme des tas d'autres, vous n'avez pas de ticket pour cet événement complet de chez complet, cet article devrait vous intéresser. Il ne sèchera pas vos larmes. Gorillaz est sans doute l'un des trucs les plus dingues qu'il nous ait été donné de voir cette année. Mais il vous incitera peut-être à réagir plus vite la prochaine fois et à bondir sur votre téléphone ou plutôt votre ordinateur.

Son premier album, sorti en 2001, s'est vendu à 7 millions d'exemplaires pour entrer dans le Guinness Book des records et en faire "The most succesful virtual band". Mais Gorillaz, créé en 1998 par Damon Albarn et Jamie Hewlett, quand ils partageaient un appartement à Londres dans le quartier de Westbourne Grove, est plus qu'un dessin animé musical. Gorillaz, c'est le groupe du futur. Puis aussi une grande fête sur scène comme on n'en voit plus désormais que pendant les concerts des Flaming Lips.

On peut compter les destinations européennes du vaisseau sur les doigts d'une main. Avec Amsterdam, Berlin et Paris, Anvers est la seule date de la tournée prévue par le leader de Blur en Europe continentale.

Indiquez le 27 octobre 2010 dans le tableau de bord de la DeLorean. Et direction Los Angeles. Le concert n'a pas encore commencé mais le Gibson Amphitheatre, planté au beau milieu d'Universal City entre un parc à thème, un centre de loisir et des tas de loupiottes qui clignotent, est évidemment plein à craquer. Les places sont assises, forcément numérotées, et le service d'ordre a un peu de mal à gérer les allées et venues des quelque 6000 excités présents sur les lieux.

The Clash et Lou Reed

Les trois écrans géants s'agitent, dévoilent la bande à Murdoc en train de s'impatienter dans les loges alors que les premiers musiciens montent sur scène. Gorillaz a longtemps refusé de se montrer à visage découvert, se cachant derrière ses membres cartoon, personnages d'animation très manga, mais c'est nouveau, Albarn et Hewlett ont décidé de donner de la chair, de l'os, de la moelle à leurs concerts.

Le classique avec ses cordes, le jazz avec les cuivres de l'Hypnotic Brass Ensemble, le rock avec le guitariste et le bassiste de The Clash mais aussi évidemment le rap et l'électro... Gorillaz élabore la fusion ultime. Peu de gens s'imaginaient sous ses allures de minet arrogant, quand il haranguait Girls and Boys sur les plateaux de télé, que le chanteur de Blur deviendrait l'une des personnalités les plus emblématiques et importantes de la musique... Et pourtant, c'est simple. Tout, ou presque, ce à quoi touche Albarn vaut de l'or. Et avec Gorillaz, il met la main, et la tête, là où tout le monde retirerait le pied. Soit dans le fond d'une bouillonnante marmite qui fait mijoter toutes les musiques.

Snoop Dogg et sa longue vue n'apparaissent qu'en vidéo pour l'embarcation (Welcome to the world) mais, à l'image de Plastic Beach, le troisième album des Anglais sorti en mars dernier, il y a une tripotée d'invités à bord. Bobby Womack, Little Dragon, les membres de De La Soul... Puis surtout, le bassiste et le guitariste de qui vous savez. Casquettes de marins vissées sur la tête, Paul Simonon (déjà dans l'aventure The Good, The Bad and The Queen) et Mick Jones, en amiraux ou peut-être plutôt en lieutenants, partent à l'abordage tels de vieux pirates. Le rock est dans la casbah. Last Living Souls et 19-2000 jettent l'ancre. On aimerait avoir le cou de l'inspecteur Gadget pour voir ça de plus près. Puis le "gogo gadget-o-bras" pour en claquer cinq à Damon qui s'agite comme un gamin dans son rôle de capitaine et de chef d'orchestre.

Bruce Willis et Clint Eastwood...

Course-poursuite. Le clip de Stylo, où Murdoc (être amoral, sale, sombre, attachant, buveur et fumeur, caricature du bassiste de Blur Alex James), 2D (le chanteur, vendeur dans un magasin de disque avant que Murdoc défonce sa vitrine) et Cyborg Noodle (dernière arrivée, fan de Twilight et de Robert Pattinson) se font chasser et tirer dessus par Bruce Willis, provoque l'hystérie générale. Et quand ce n'est pas un orchestre syrien qui monte sur scène menant ce cher Damon à faire voyager le drapeau blanc de la paix et de la trêve dans le public, c'est le vieux leader du Velvet Underground qui vient chanter Some Kind of Nature. Le morceau n'est peut-être pas le meilleur de la soirée. Mais voir Damon Albarn et The Clash sur la même scène que Lou Reed, c'est un peu comme s'imaginer Maradona, Pelé, Zidane et Messi sur la même pelouse. Glitter Freeze et le blurien Punk amènent un peu plus de chaos encore tandis que Feel Good Inc. et Clint Eastwood transforment le rappel en western.

Tout ce beau monde devrait être jeudi au Sportpaleis. Sans doute avec Shaun Ryder, des Happy Mondays, pour remplacer mister Lou. Waiting for your men...

Julien Broquet, à Los Angeles

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