Festivals: where's my mind?

20/07/10 à 12:14 - Mise à jour à 12:13

De la world music au rap, de la chanson française à la pop anglophile, les festivals d'été réputés spécialisés font le grand écart. Les Francos et Couleur Café s'en expliquent.

Festivals: where's my mind?

© Philippe Cornet

Le monde des festivals perdrait-il la tête? Ghinzu, Piano Club et Sharko chantent en anglais aux Francofolies de Spa. NTM, Nas, Diam's et Snoop Dogg rappent à Couleur Café. Tandis qu'Aerosmith (avec Steven Tyler) FMise le Graspop Metal Meeting. A ce rythme-là, tout ça va se terminer par un Marilyn Manson aux Nocturnes de Beloeil. Humour. Evidemment. Mais envisagée plus sérieusement, la question mène tout droit à une réflexion sur l'identité des grands rassemblements musicaux normalement spécialisés de l'été.

World, folk, metal... Tous deviennent des notions bien vagues une fois analysés à travers le prisme déformant des affiches festivalières. "Dans une programmation, il y a des volontés, comme préserver sa diversité, et des opportunités, comme Snoop Dogg", expliquait Patrick Wallens, grand manitou de Couleur Café. Depuis 3 ou 4 ans, les organisateurs de l'événement bruxellois ont réalisé qu'ils avaient besoin de têtes d'affiche pour tenir le choc.

La concurrence s'est fortement accrue. Provoquant la dispersion des spectateurs et des pointures... "C'est bien simple. Ces dernières années, quand nous avons eu moins de gros noms à proposer, nous nous sommes retrouvés avec 10.000 spectateurs en moins sur le week-end. Nous cherchons juste à atteindre les 25.000 ou 26.000 personnes par jour pour équilibrer le budget mais l'offre est immense en matière de festival et les prix sont devenus très élevés. Le public n'en fait plus 3, 4 ou 5 différents sur l'été. Il choisit."

Et les musiques du monde ne figurent apparemment plus parmi ses priorités. "La world marque le pas. Rachid Taha, qui faisait jadis le plein chez nous, n'a attiré que 400 ou 500 personnes à l'AB et ce malgré la sortie d'un nouvel album. Les goûts des festivaliers ont changé. Alors, soit on propose un plateau alternatif plus grand public. Soit on s'obstine et s'étrangle. On arrête le développement et on repart en arrière. Le Sfinks a choisi cette voie. Il a quasiment divisé sa fréquentation par trois."

Couleur Café, lui, a décidé de s'ouvrir. S'ouvrir à la chanson française (Bénabar en 2009, Olivia Ruiz en 2010), à la pop belge (Tellers, Puggy, Malibu Stacy en 2007) et surtout au rap comme cela s'est fortement ressenti cet été en ce qui concerne les têtes d'affiche. "On nous a parfois reproché de ne pas assez nous insérer dans les quartiers où nous sommes installés. Avec Snoop et NTM, je pense que nous allons parler aux jeunes de Molenbeek", expliquait Patrick Wallens avant le festival. "Nous ne sommes pas des gardiens de musée. Le mot world est un terme généraliste dont on essaie de se dégager sans le renier. Couleur Café est aujourd'hui un festival urbain métissé. "

Patrick Wallens et son équipe ne s'en cachent pas. Ils ont tout de même cogité avant de signer le rappeur canin. "Il va sans doute diviser le public mais d'autres artistes jouent en même temps que lui", expliquait-il. "Son côté bling bling va trancher avec notre appel à la solidarité mais la confrontation peut être intéressante. On a interrogé Facebook et les gens se sont montrés super enthousiastes. Les mentalités changent. Nous devons faire preuve d'ouverture. Et espérer que les jeunes découvriront des artistes qu'ils ne connaissent pas comme un Femi Kuti qui joue sur la même scène juste avant lui. "

Franco fous?

Patron du label belge Crammed, Marc Hollander ne se plaint pas, que du contraire, du brassage des genres. Son groupe congolais Staff Benda Bilili jouera notamment, comme Paolo Conte et dEUS, au festival folk de Dranouter. Shantel, son DJ allemand aux sonorités balkaniques, va, lui, se produire cette année aux Francofolies de Spa. "Les artistes et les maisons de disques luttent contre les catégories trop rigides. Cibelle est d'origine brésilienne et elle a sorti un premier album bossa avant de se diriger vers quelque chose de plus indie. Nous avons encore du mal à lui décoller l'étiquette world du front aujourd'hui. Konono N°1, par contre, est considéré comme un groupe world dans le sud alors qu'il participe à des festivals pointus de rock indé comme le All Tomorrow's Parties en Angleterre. Quant aux Américains d'Akron/Family, ils rêvent de jouer dans des rassemblements de musique du monde. On tourne toujours en rond quand on reste coincé dans un seul et même circuit."

Le phénomène d'ouverture ne touche pas que les événements exotiques... ça fait déjà un petit bout de temps que les Francos accueillent des artistes préférant la langue des Beatles à celle de Brel et Brassens. "Nous avons toujours voulu défendre la scène francophone belge et à la fin des années 90, de plus en plus de groupes comme Sharko, Mud Flow et Miam Monster Miam se sont mis à chanter en anglais, se souvient Marc Radelet. Ce n'était a priori pas notre style, notre identité. Nous nous sommes posés des questions avant de leur ouvrir la porte mais nous y avons répondu assez vite. De un, nous serions passés à côté de projets intéressants. De deux, nous nous devions de promouvoir la scène belge."

A l'heure qu'il est, le festival spadois défend la musique issue de l'espace francophone. Quelques artistes flamands aussi. "Nous ne trahissons pas l'identité des Francos. N'attendez pas de nous que nous invitions des Anglais ou des Américains", termine Marc Radelet. Si les festivals belges ratissent large, c'est encore plus ou moins dans leur jardin.

Julien Broquet

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