Fallait pas m'inviter, semaine 5: Inderdaad!

04/11/11 à 10:40 - Mise à jour à 10:40

Revenu de ses chroniques nocturnes, Guillermo Guiz plonge cette année dans le monde du spectacle et de l'art. Pour y découvrir des formes que sa grossière inculture lui avait cachées jusqu'ici. Fallait pas m'inviter, ça se poursuit ce vendredi. Avec une pièce en flamand.

Fallait pas m'inviter, semaine 5: Inderdaad!

J'étais vierge, niveau koninklijke. Pas que le néerlandais me soit totalement inconnu, j'essaie. J'apprends, tâtonne, piétine, éructe, scandalise. A l'attaché de presse, qui m'avait gentiment précisé que la pièce ne serait pas sous-titrée, j'avais répondu: "Pas de problème! C'est un peu le but." Le but d'assister à une pièce de théâtre dans une langue qui m'est étrangère. Comment ce fait-ce? Et là, tu auras peut-être honte, toi aussi, derrière l'écran 16 pouces de ton ordinateur portatif, parce que si je te dis "Wat eet je graag", tu me réponds "Twee keer": comment ce fait-ce qu'après tant d'années d'apprentissage soutenu du néerlandais (grosso modo, de la 3ème primaire à la 1ère licence, soit 12 ans), mes chances de me perdre et de mourir de faim dans le Pajottenland restent toujours aussi volumineuses? Car à travers cette épopée au KVS, un jeudi soir d'après changement d'heure, c'est toute la question linguistique que je me propose d'évoquer. Mais waisssss!!!!

Donc, le KVS. Jolie salle, lovée dans un écrin tout aussi abouti, sorte de vieille gare toute verte en forme de sapin. Par contre, pour se garer de ce côté-là, c'est plutôt funky. Faut s'y prendre à l'avance. Une ou deux semaines, pour bien faire. J'arrive donc une vingtaine de minutes en retard dans la salle. L'attaché de presse, toujours aussi avenant, m'avais prévenu: "Vous vous y prenez un peu tard, la salle sera pleine. Je ne peux pas vous garantir une bonne place." Magnanime, compréhensif, curieux. Un peu monothématique aussi: "Pas de problème!" Pas une bonne place? C'est marrant, du troisième étage, 700 mètres au-dessus de tout le monde, on voit luire le crâne des comédiens. Et on peut presque toucher le plafond avec ses mains. Trop bien!!!

La pièce, qui s'étrenne ce jeudi, s'appelle Gij die mij niet ziet = Toi qui ne me vois pas. Et j'ignore de quoi ça parle. J'aurais dû lire le programme avant. Pas le but. Serais-je capable de déchiffrer une pièce de théâtre dont les mots se heurtent aux frontières de mon intelligence, comme ironisait Yves Leterme, en son temps? Non. On ne va pas se mentir. Deux comédiens papotent sévère, dans un décor minimaliste et dépouillé. Ils s'échangent des échanges et encore et encore. Ci et là, une vanne ou l'autre perce mon armure mais je rate l'essentiel. Puisque la salle, hilare, semble aux anges. Et c'est frustrant, parce qu'aux intonations, au rythme et aux quelques phrases saisies au vol, la pièce me semble vraiment bien ficelée. C'est bien simple, comme on dit dans les cafés bruxellois: au moment de rédiger ces lignes, soit une petite heure après la sitting ovation, les tenants et aboutissants de Gij die mij niet ziet demeurent toujours obscurs dans mon crâne de franstaligant. A vue de nez, j'avancerais cette hypothèse: deux scénaristes cherchent à écrire une histoire, mais sont globalement perturbés, voire un petit peu foldingos. Là, tu m'attends une seconde, je vais sur Internet, on va confronter.

Ca, c'est le site du KVS qui le dit: "L'acteur Bruno Vanden Broecke et le cabaretier Wim Helsen se sont promis pour la première fois il y a cinq ans et demi de faire un spectacle ensemble. L'ambition qu'ils formulèrent alors était de produire un "classique". Une représentation si débordante de vie, de violence et de sens qu'elle serait encore jouée d'ici deux cents ans (vraisemblablement par d'autres acteurs). Chose promise est désormais chose faite. Au public de juger s'ils se sont surestimés." Ca enchaîne, toujours sur le site. Et là, normalement, on doit découvrir de quoi ça cause: "Non seulement il n'y a plus personne qui vous comprend, plus personne ne veut vous comprendre. Non seulement il n'y a plus personne qui vous écoute, plus personne ne veut écouter votre voix. Non seulement il n'y a plus personne qui vous connaît, plus personne qui sait encore que vous existez, il n'y a plus personne qui peut vous voir. Et maintenant?" Je le savais!

En fait, Gij die mij niet ziet nous raconte la mal-communication, comme tant d'autres oeuvres artistiques avant elle. Mais mon intuition me dit qu'elle le fait avec doigté, intelligence et finesse d'humour. Mon sens du journalisme informatif, lui, vous en donne les dates de représentation: jusqu'au 19 novembre. Allez-y, même si vous ne parlez pas néerlandais. Mais demandez une place au troisième étage. C'est beau, deux-cents crânes, vus d'en haut. Je reviendrai. Quand j'aurai ressorti mon Assimil.

Guillermo Guiz

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