#BEM17: Alors Bruxelles, on danse?

09/10/17 à 10:43 - Mise à jour à 13/10/17 à 13:35
Du LeVif Focus du 06/10/17

Alors que le Brussels Electronic Marathon remet le couvert, du 13 au 15 octobre prochains, on fait le point sur la place de l'électro à Bruxelles avec FTRSND, Deep In House et Eating Records.

#BEM17: Alors Bruxelles, on danse?

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Inauguré l'an dernier, le Brussels Electronic Marathon remet le couvert. Soit, du 13 au 15 octobre, trois jours, et surtout trois nuits, de réjouissances entièrement dédiées aux musiques électroniques. Pour l'occasion, ce sont une trentaine de collectifs, labels, organisateurs de soirées qui sont mobilisés, dispersés dans une vingtaine de lieux différents. L'occasion de faire le point avec trois des participants du BEM, sur la place des musiques électro dans un paysage bruxellois en pleine mutation...

Bruxelles est-elle une ville "electronic music friendly"?

FTRSND (collectif lancé notamment par Brice Deloose, cheville ouvrière du BEM): Bruxelles est évidemment une ville electronic music friendly quand on voit la quantité d'artistes chez nous, les disquaires, le nombre de bars qui diffusent de la musique électronique. À cet égard, l'une des forces de Bruxelles est sa diversité et sa mixité. On y retrouve une panoplie d'influences et d'esthétiques artistiques différentes. Mais ce qui est une richesse induit aussi des faiblesses: on peut aisément parler des artistes bruxellois mais plus difficilement d'une réelle scène bruxelloise.

Deep In House (Tom Raoul, l'un des fondateurs des soirées DIH, gros carton des nuits bruxelloises depuis 2012): Je pense que son public est très electronic music friendly mais malheureusement les lieux d'expression sont assez limités ou comportent pas mal de contraintes. C'est dommage car ça bride la créativité des artistes et des organisateurs.

Eating Records (label dirigé par Gilles Lorsignol et DJ Whoo): Définitivement oui! À l'échelle européenne, Bruxelles est un village dans lequel se déroule plus d'une fête chaque week-end et où il est fréquent de croiser des visages familiers. Il est toujours possible d'espérer plus, mais l'offre électronique est diversifiée et de qualité.

BEM, Listen, Bozar Electronic, Nuits sonores... Bruxelles compte plusieurs festivals. Trop?

FTRSND: Au contraire. C'est le reflet d'une envie et d'un besoin. Plus les gens pourront être exposés à cette musique qui est plurielle, plus nous pourrons faire émerger des artistes et des créations. Et puis n'oublions pas que la musique électronique n'est pas un style en soi, mais bien juste la définition d'un outil de production. Y a-t-il trop de festivals qui bookent des groupes avec des batteurs?

Deep In House: Tous ces festivals proposent des offres différentes, donc ils ne sont pas trop nombreux à mon sens. Par contre, il manque toujours des festivals dédiés à 100 % aux musiques électroniques et à l'esprit clubbing.

Eating Records: Non, certainement pas... Chaque festival électronique bruxellois à sa touche unique et se démarque des autres. Si certains sont bien installés depuis plusieurs éditions comme PIAS Nites qui a déjà fêté ses dix ans par exemple, on voit qu'il reste de la place pour de nouvelles initiatives comme Listen! ou tout récemment les Nuits Sonores. Tant que le public suit, c'est qu'il n'y en a pas trop!

#BEM17: Alors Bruxelles, on danse?

Quelle place pour les clubs?

FTRSND: C'est une question complexe. Bruxelles manque de lieux "récurrents" où sortir et écouter de la musique. Y compris des salles de concerts ou des lieux qui permettent d'apprécier de la musique électronique dans d'autres conditions d'écoute que les clubs. Par ailleurs, si Bruxelles disposait de plus de clubs, ce ne serait pas un souci pour les lieux déjà établis. On a beau aimer manger du steak, ce n'est pas pour autant qu'on aime en manger tous les jours. La diversité apportera de la fraîcheur et du dynamisme.

Deep In House: À part le Fuse, il n'y a pas d'autres réels clubs de musique électronique avec une vraie programmation. D'après moi, il y aurait de la place pour un second club de plus petite capacité avec une programmation plus pointue. Mais pour ça, il faut trouver un lieu adéquat et l'aménager. Ce qui demande beaucoup d'investissements. Je pense donc que ce n'est pas près d'arriver...

Eating Records: Si les événements estivaux peuvent être considérés comme une ouverture au grand public, les clubs restent le ciment de la culture électronique. C'est là que tout se déroule, c'est là que les gens se lâchent vraiment, décompressent de leur semaine. Une nuit en club, c'est une purgation. Alors réjouissons-nous de voir des initiatives comme le jeune Zodiak et espérons-en d'autres!

Faut-il un bourgmestre de la nuit, comme à Amsterdam?

FTRSND: Ça ne me semble pas pertinent. Notamment à cause du danger de récupération politique. Il est plus logique d'avoir une fédération d'organisateurs d'événements (pas forcément de la nuit -pourquoi cantonner l'événementiel lié à la musique électronique à ce qui se passe après 23 heures), et que cette fédération dispose d'un porte-parole qui ne serait pas politisé et qui se ferait le porte-voix des acteurs de cette scène.

Deep In House: L'idée n'est pas mauvaise car il manque une personne qui fasse le lien entre les différents collectifs/lieux d'expression et le monde politique. Cependant, il faudrait que cette personne soit choisie par les acteurs du monde de la nuit et le monde politique, pour qu'elle soit respectée et que son travail ait un réel impact positif sur la scène en général. Amsterdam a très bien réussi ce pari, on devrait pouvoir s'en inspirer.

Eating Records: Un bourgmestre qui prendrait comme première mesure de supprimer par exemple cette ineptie de taxe communale sur les gens qui dansent? Bon, un bourgmestre, je ne sais pas, mais peut-être aurions-nous besoin de nous associer au sein d'un collectif qui défendrait les intérêts des acteurs de la vie nocturne. Sans compter les retombées touristiques favorables pour la ville. Les Bruxellois ont besoin de s'amuser plus que jamais.

Brussels Electronic Marathon, du 13 au 15/10. www.bem.brussels

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