Technobabylon, futur périmé

09/06/15 à 15:57 - Mise à jour à 15:58

Source: Focus

Point & click miraculeux, Technobabylon exhume la culture cyberpunk des années 90 pour un voyage d'époque total proche de Blade Runner. Indispensable.

Technobabylon, futur périmé

Technobabylon © Wadjet Eye Games

Charlie Regis est le fils spirituel de Clint Eastwood. Renfrogné, marqué par le décès de sa femme mais droit dans ses bottes (ou presque), l'inspecteur de Technobabylon se la joue vielle école. Le genre à couvrir les webcams de son bureau. A railler Max Lao, sa coéquipière geek. Et surtout à se méfier de "Central", intelligence artificielle qui supervise ses enquêtes tout en gérant les habitants de Newton. Aussi poisseuse que la mégalopole futuriste qui l'emploie, la piste d'un pirate de cerveaux que ce flic cabossé suit s'étire le long d'un point & click rétro-futuriste délicieux. Un voyage en 2089, vu depuis les lubies esthétiques de nos années 80 et 90.

Cette passion pour la culture cyberpunk d'époque allumait les néons de titres comme Syndicate ou Deus Ex il y a près de deux décennies. Mais la crête fluo revient en force ces jours-ci. Barge et drôle, Dog Of Dracula 2 se shootait ainsi à la sauce soja en 2013 tandis que plus récemment, Dex déballait un monde ouvert en 2D via un jeu de rôle inspiré. En attendant Cyberpunk 2077 (des créateurs de Witcher 2!), Technobabylon déclare lui sa flamme pour les tentatives maladroites de photoréalisme des jeux PC des années 90. Blade Runner y a sifflé une bonne bouteille de pixels tandis que les complots par réseaux neuronaux flippants -chers à Gibson- y crépitent.

Sorti via trois chapitres il y a trois ans, Technobabylon a suivi le même chemin que le génial Gemini Rue de Joshua Nuernberger. Le triptyque mal dégrossi mais gratuit(1) des débuts a ainsi été retravaillé grâce à Wadjet Eye Games, son éditeur. Au-delà de ses nouveaux visuels au minimalisme talentueux (on pense à Gabriel Knight), ses kilomètres de doublage en anglais épaississent la mémorable galerie de personnages en place.

Pas (forcément) comme en 90

Pour avancer dans ce récit noir traversé d'intelligences artificielles ménagères irritantes et de kamikazes dont les os ont été remplacés par des explosifs, la logique prime. Les énigmes qui évitent les non-sens légendaires des productions de Sierra ou Lucas Arts se résolvent ici via un inventaire simple d'emploi. Une foule de détails servent d'indices, y compris dans des pièces jointes de mails à consulter sur son terminal. Ou même des photos à étudier pour trouver un mot de passe. Le tout auréolé d'un niveau de difficulté gratifiant.

Technobabylon happe également le gamer à force de détails livrés entourant sa contre-utopie. Différents niveaux d'impression 3D de nourritures y cristallisent des gouffres de classes sociales tandis qu'au détour d'un bulletin d'info, on apprend que le Japon accepte le clonage humain pour résoudre son problème de natalité. La multiplicité des points de vue, judicieuse, croise un duo de flics et Latha Sesame, une addict du Net qui se réfugie dans des mondes parallèles. Car avec des IA capables d'éventrer des gens par accident, la vraie vie y est moche. Claudiquant sur une frontière perméable entre le bien et le mal, Technobabylon brosse une société malade. Etrangement contemporaine.

ÉDITÉ PAR WADJET EYE GAMES ET DÉVELOPPÉ PAR TECHNOCRAT GAMES, ÂGE: NC, DISPONIBLE SUR PC VIA STEAM (ANGLAIS UNIQUEMENT).

(1) A TÉLÉCHARGER VIA HTTP://TINYURL.COM/PXVE42Z

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