Crime et châtiment: Simon Liberati écrit sur la "peur de tuer"

06/10/16 à 15:14 - Mise à jour à 15:52

Source: Le Vif

Le meurtre de l'actrice Sharon Tate en 1969 est au coeur de deux romans formidables. Alors qu'Emma Cline (The Girls) choisit d'escalader le fait divers par la face la plus métaphorique, Simon Liberati (California Girls) s'attaque, lui, au versant le plus abrupt, le plus sordide. Il s'en explique.

Après un éloge baroque et habité consacré à sa femme Eva Ionesco, dont l'ombre sulfureuse de celle qui fut le jouet érotique des fantasmes de sa mère, la photographe Irina Ionesco, l'accompagne depuis près de quarante ans, Simon Liberati se penche dans California Girls sur l'un des faits divers les plus célèbres de l'histoire criminelle des Etats-Unis. Dans la nuit du 8 au 9 août 1969, trois filles et un garçon s'introduisent dans une propriété luxueuse de Beverly Hills et y assassinent les cinq personnes se trouvant sur place, dont l'actrice enceinte Sharon Tate, femme de Roman Polanski. Cette affaire marquera durablement les esprits. Par l'horreur des crimes mais aussi par sa force symbolique: les auteurs sont de jeunes gens ordinaires, envoyés en service commandé par leur gourou, l'illuminé Charles Manson, qui a profité de l'esprit libertaire de l'époque pour laisser proliférer ses démons intérieurs. Prenant le parti d'une écriture clinique, avec la scène du meurtre comme matrice, le romancier français a fait un pari audacieux mais payant. Le voyeurisme se dissout dans une expérience physique et cérébrale intense qui en dit plus long sur l'acte de tuer que des heures de propagande djihadiste.
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