Julien Broquet
Julien Broquet
Journaliste musique et télé
Opinion

21/01/13 à 11:44 - Mise à jour à 11:44

YouTube: l'effaceur

Peu importe pourquoi YouTube a nettoyé les compteurs de maisons de disques et artistes. Tout ce tintouin raconte juste que même gratuit, il est une invraissemblable machine à buzz et à fric.

La chronique de Julien Broquet

Il n'y a plus de saison. Entre les fêtes, cet hiver, YouTube a fait son nettoyage de printemps. La filiale de Google a réajusté les compteurs de plusieurs maisons de disques et artistes. Ses victimes: Universal, Sony, Michael Jackson, Beyoncé, Shakira... Autant dire que le site de partage de vidéos a récuré dans les coins.

YouTube aurait retiré quelque deux milliards de vues aux deux majors pour, annonçait SocialBlade, sanctionner l'usage de robots et autres outils interdits par ses conditions générales d'utilisation. Des outils évidemment chargés de gonfler artificiellement le nombre de consultations.

Un compte non officiel de Britney a ainsi perdu 463 millions de vues. Mais c'est surtout Sony qui a morflé en losant 99% de ses chiffres pour se retrouver à environ 120 millions de visites. Selon Billboard.biz et un porte-parole de YouTube, les causes de ces coupes claires sont moins alarmantes qu'annoncé. La première serait le de-spamming qui supprime de ces relevés les vidéos lancées sans intervention de ceux qui les regardent et celles, cachées, qu'ils ne peuvent pas voir. La deuxième et principale, prétend-on, est que YouTube a modifié ses règles de comptage et a décidé de supprimer toutes les vues de vidéo qui ne sont plus disponibles. Ce qu'il appelle les "dead videos". Un chiffre considérable pour Sony et Universal qui ont déplacé un grand nombre de leurs clips et capsules sur Vevo.

Don't believe the hype

Ce que dit surtout ce débat, c'est l'importance psychologique et financière prise ces dernières années par les sites de partage. Collectionner les vues sur YouTube, ce n'est pas qu'appuyer sur l'accélérateur de la machine à buzz. C'est aussi gagner du fric, beaucoup de fric, des annonceurs. Selon SocialBlade, Universal et Sony auraient chacun perdu entre 500.000 et 5 millions et demi d'euros de revenus potentiels générés par les publicités affichées sur les vidéos.

On comprend mieux l'existence de sites comme YouLikeHits. Sociétés spécialisées dans le dopage des statistiques de vues sur YouTube comme il en existe pour le développement des communautés de fans artificielles sur Facebook. Sur des sites comme Fiverr où des particuliers peuvent vendre des services, les candidats à l'arnaque peuvent même se fournir en milliers de vues pour une poignée de dollars.

Une tempête dans un verre d'eau? Sans doute, peut-être, mais une histoire avec une morale. Don't believe the hype, comme disaient Public Enemy et les Arctic Monkeys...

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