Laurent Raphaël
Laurent Raphaël
Rédacteur en chef Focus
Opinion

16/12/10 à 14:19 - Mise à jour à 14:19

Un nouveau choc des générations en perspective

Par Laurent RAPHAË

L'adolescence est au cinéma (mais aussi à la littérature, à la BD ou à la musique) ce que le steak frites est au plat du jour: un incontournable. Depuis La fureur de vivre de Nicholas Ray en 1955, on y a droit presque chaque semaine. Personne ne s'en plaindra. Rien que ces dernières années, l'âge ingrat a assaisonné quelques solides gueuletons cinématographiques.

Songeons à Elephant, Virgin Suicides, Fish Tank, Sweet Sixteen, Les beaux gosses, Wendy et Lucy, Naissance des pieuvres ou encore Ils mourront tous sauf moi. Certains réalisateurs (Gus Van Sant et Larry Clark en tête) se spécialisant même dans l'observation de cette tranche de la population en équilibre instable sur le fil de l'existence et habitée par un blues hautement inflammable.

Les ados font donc partie du paysage culturel. Mais ce qui était jusqu'ici une source d'inspiration féconde est en train de virer à l'obsession. Comme si le steak frites était désormais au menu de la cantine un jour sur deux. Des preuves? Dans les films à l'affiche ce mois-ci, on en compte au moins quatre qui galopent à brides rabattues dans les grandes plaines de la puberté, de No et moi (Zabou Breitman), l'histoire d'une amitié "contre-nature" entre une SDF et une pré-ado de bonne famille, à Kaboom (Gregg Araki), teen movie explorant en mode campus la confusion des sentiments (et plus si affinités), en passant par Dancing Dreams (Anne Linsel et Rainer Hoffman), l'hommage à Pina Bausch en forme de making of du remake avec des kids de sa pièce culte Kontakthof, sans oublier Les amours imaginaires (Xavier Dolan), déclinaison pop et romantique du triangle amoureux. Bref, on n'est pas dans l'anecdotique.

D'autant qu'en télé aussi, les ados, petits et grands, tapent l'incruste. Dans des téléfilms (Fracture, d'Alain Tasma, vu sur France 2 récemment), mais aussi dans des docs comme ces Ados explos et l'American dream (diffusion le 30 décembre sur Be1), qui verra quatre jeunes frenchies se frotter, au propre et au figuré, à l'American Way of Life.

Outre la fascination pour cette période faste de la vie, qu'est-ce qui peut bien déclencher cette subite poussée d'acné visuelle? Un besoin d'authenticité? On sait que les ados ne mentent pas, quitte à le payer très cher. La nostalgie d'un paradis perdu, même s'il ressemble parfois à l'enfer vu de l'intérieur? Plus on accumule les kilomètres, plus on a tendance à embellir les paysages du passé. Une redistribution des cartes sociologiques, qui fait voir le monde à travers les yeux d'un groupe plus ou moins homogène? A l'appui de cette thèse, on peut citer à comparaître la profusion simultanée de longs métrages peuplés de "vieux". Qu'ils aient encore les crocs (Red avec Willis, Mirren et Malkovitch), qu'ils prennent leur courage à deux mains fanées pour dénoncer les injustices (Lola de Brillante Mendoza) ou qu'ils tricotent tout simplement les mailles des joies et peines ordinaires (Another Year de Mike Leigh). Un nouveau choc des générations en perspective...

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