Guy Verstraeten
Guy Verstraeten
Journaliste télé
Opinion

04/03/11 à 16:32 - Mise à jour à 16:32

God Save the Shows

Avec l'arrivée de "Inspecteur Gently", France 3 poursuit sa pioche dans les séries anglaises placides et typiques, gages généralement de succès.

God Save the Shows

© D.R.

La chronique de Guy Verstraeten Histoire vraie. Deux soirées galantes de suite, un vendredi puis un samedi. Puis un dimanche. La tuile. Le couperet. "On se voit ce soir?" "Désolé, pas ce soir, je regarde l'inspecteur Barnaby." Voilà. La jeune fille en question n'a pourtant pas la peau blette et la chevelure vaporeuse. Elle a 23 ans. Et elle préfère Barnaby au bavardage intéressé d'un mâle entreprenant. Le charme anglais? Curieux, quand même, parce que l'inspecteur Barnaby, s'il est encore loin de la momification derrickienne, n'est pas exactement l'incarnation sexy-funky de la prime fraîcheur. On est bien loin, dans Barnaby, des flics sévèrement burnés de The Shield. Ou des exploits racoleurs et bling bling de CSI, alias Les Experts. Diffusé chaque dimanche sur France 3, depuis 10 ans déjà, Inspecteur Barnaby perpétue au contraire la tradition de ces séries anglaises placides, gentlemen. Des séries qui n'ont jamais eu peur de se présenter au monde en roulant à droite. Même quand elles chevauchent une Volvo P1800, façon Simon Templar dans Le Saint. Même quand elles portent le chapeau melon de John Steed et les bottes de cuir d'Emma Peel. Simplicité, flegme, longévité. Recette gagnante. France 3, bien consciente du potentiel "fidélité hypnotique" de son filon britannique, vient d'ailleurs d'annoncer la diffusion imminente (13 mars) d'une nouvelle série d'outre-Manche, Inspecteur Gently, qui prendra le relais de son lointain confrère. Tirée initialement, comme Barnaby, d'un puits romanesque, la série fait un tabac sur la BBC depuis son pilote de 2007. En s'appuyant sur les aventures sixties d'un flic en préretraite. Episodes, la mise en abîme Ce n'est pas la première fois qu'une série policière britannique s'échappe dans les couloirs du temps: on se souvient de Life on Mars, où le héros et son esprit des années 2000 étaient catapultés dans un commissariat de 1973. Comme bien d'autres réalisations britanniques, Life on Mars a dû laisser à quai ses comédiens et son univers so british pour traverser l'Atlantique. C'est arrivé pour The Office. Pour Skins, Shameless, Being Human et ce le sera bientôt pour The Inbetweeners et même, les rumeurs courent, pour le génial Misfits. Par manque d'inspiration propre, les chaînes américaines siphonnent tellement la pompe des séries anglaises qu'elles en ont tiré une fiction en forme de mise en abîme: diffusée conjointement sur BBC 2 et sur Showtime aux Etats-Unis, la très amusante série Episodes centre en effet son intrigue sur les aventures de Sean et Beverly Lincoln, auteurs d'une série anglaise à succès amenés à adapter leur bébé à Hollywood. Avec toutes les difficultés et petites compromissions que l'entreprise comporte: transposer l'humour typiquement britannique, surtout quand Matt Friends LeBlanc leur est imposé comme acteur principal, ressemble davantage à Mission Impossible qu'à La croisière s'amuse...

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