Laurent Raphaël
Laurent Raphaël
Rédacteur en chef

Bon chic, mauvais genre

Bon chic, mauvais genre

© Jupiter Images

Par Laurent Raphaël

Est-ce l'approche de la Journée internationale de la femme, fixée comme chacun sait au 8 mars, qui nous vaut cette bordée d'événements affichant leur patrimoine génétique XX bien en évidence? Jugez plutôt: la Foire du livre se la joue Femina cette année en criant (dans le désert?) que Le monde appartient aux femmes! Même rengaine, la musique en plus, avec la première édition de Elles en scène, nouveau festival qui escaladera le versant féminin du rock, du jazz et de la chanson début mars au Théâtre 140. Ladies night encore samedi dernier au KVS avec la soirée HipHop(e) (sic) qui, comme son suffixe l'indique, faisait pour une fois entendre la voix des dames dans un milieu encore souvent coincé du slip. Et ce n'est pas fini. On change de registre mais toujours pas de sexe avec ce coup de projecteur sur les femmes amphétamines du cinéma, les Liv Ullman, les Anna Karina, les Carmen Maura, au prochain festival du film d'amour de Mons.

Si Zemmour traînait dans les parages, il crierait certainement au complot féministe. Comme on ne mange pas de ce pain rassis-là, on se contente de s'interroger sur le sens de cette "discrimination positive". Hypothèses certifiées sans hormones à l'appui. Sur l'air d'il n'y a pas de fumée sans feu, il est ainsi tentant de voir cette éruption comme une réaction en chaîne à une inégalité de traitement persistante. Impression confirmée, validée, attestée chaque année par une avalanche de chiffres sur les différences de salaire et le peu d'enthousiasme chronique des mâles à tâter du balai ou du fer à repasser. Le fameux plafond de verre ayant l'épaisseur d'un tesson de bouteille, la Journée de la femme est un mal nécessaire et le "packaging féminin" dans le monde culturel une forme de dédommagement pour les injustices subies par ailleurs.

En séparant le bon grain d'une revendication légitime de l'ivraie de la pensée unique, on peut toutefois se demander s'il n'y a pas derrière cette attention particulière un arrière-fond d'opportunisme marketing. D'autant plus difficile à détecter qu'il est abondamment maquillé au rouge à lèvres des bonnes intentions. Les médias, qui ne sont pas les derniers pour coller des étiquettes (témoin ce papier "Les Anglaises portent haut les couleurs du rock" dans le dernier Marianne), participent aussi à l'essorage du concept. Et donc à sa neutralisation. En brandissant l'étendard "women only" à la moindre occasion, même quand ça n'a aucune pertinence, non seulement on maintient les femmes dans une case à part, mais on contribue aussi à répandre l'idée fausse qu'il suffit d'être une nana pour avoir du talent. Pire, on discrédite celles qui en ont vraiment, sur lesquelles pèsera toujours le soupçon qu'elles ont gagné leurs galons en bénéficiant, sur le terrain médiatique s'entend, d'un traitement de faveur.

Lutter contre les bastions machistes avec les armes culturelles est une chose (la bombe des Monologues du vagin), surfer sur la vague d'une révolte vidée de sa substance en est une autre, nettement plus pernicieuse. Ouvrons donc l'oeil, serti ou non de mascara...

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