Julien Broquet
Julien Broquet
Journaliste musique et télé
Opinion

06/05/11 à 16:26 - Mise à jour à 16:26

Air connu

À défaut de pouvoir convaincre Sigur Rós, Fleet Foxes et Grizzly Bear de filer leurs tubes, les publicistes les imitent. Pas classe...

Air connu

© Autumn Dewilde

La chronique de Julien Broquet

Déjà eu la désagréable impression en subissant les spots publicitaires à la télé (ben non, on ne doit pas toujours aller pisser ou se chercher une bière dans le frigo) que vous entendiez l'une de vos chansons préférées pour réaliser quelques secondes plus tard qu'il ne s'agissait que d'un honteux détournement? Déjà commencé à fredonner un morceau presque réjoui par l'une de ces débiles pages mercantiles pour vous faire traiter de "Jean-Michel à peu près" (personnage de Kad et Olivier pas très pointilleux sur les paroles) dès le moment où forcément vous n'êtes plus dans le rythme?

L'idée aussi malveillante soit-elle n'est pas neuve mais le procédé est devenu une fâcheuse habitude. A défaut d'obtenir les droits pour l'utilisation d'une chanson, les publicitaires, pas assez convaincants, trop radins, en font à peu de frais des remakes. Les modifient juste assez pour ne pas se retrouver accusés de plagiat mais pas trop afin de tromper son petit monde.

Ces derniers temps, une pub Hyundai croise la B.O. d'Amélie Poulain avec le Good Riddance (Time of Your Life) de Green Day. Aux Etats-Unis, une annonce pour l'Alabama Troy University semble accompagnée par le Two Weeks de Grizzly Bear et on jurerait entendre le White Winter Hymnal de Fleet Foxes quand on regarde une réclame télé en espagnol pour l'équipementier Kipsta. "Ce qui est amusant, c'est qu'il nous a contactés. Qu'il nous a demandé s'il pouvait utiliser notre chanson. Et que nous avons répondu non, confie le renard en chef Robin Pecknold. Ils ont donc cherché quelqu'un pour faire du Fleet Foxes. A mes yeux, cette histoire raconte surtout pourquoi travailler avec le milieu de la publicité reste une franchement mauvaise idée. Ces mecs n'en ont rien à foutre de ta musique et de ton avis. Ils veulent juste exploiter ta notoriété."

Flatterie?

Eighteen Seconds Before Sunrise, le site officiel consacré à Sigur Ros, répertorie des pubs qui, aux 4 coins du monde, empruntent, copient, pastichent, singent le son des Islandais et même certains de leurs clips. Jonsi et ses potes ont bien cédé les droits de quelques chansons pour le cinéma, la télé et l'une ou l'autre £uvre de charité. Ils n'ont jamais cependant accepté que leur musique serve à vendre quoi que ce soit.

En 1988, Doritos utilisait déjà dans l'une de ses pubs un morceau qui sonnait de manière flagrante comme le Step Right Up de Tom Waits. Mais en poursuivant la marque, ce dernier remporta la modique somme de 2 millions et demi de dollars. Le genre de bras de fer que l'homme à la voix rocailleuse remporta encore en 2006 face à Audi...

Aujourd'hui, plutôt que de s'entendre dire "les accords sont souvent utilisés", "la structure est banale", "il n'y a pas de preuves suffisantes pour instruire un dossier en contrefaçon", la plupart des groupes laissent pisser le mouton. L'imitation est certes l'une des formes les plus sincères de flatterie, le flatteur n'en vit pas moins aux dépens de ceux qu'il écoute...

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